Notes de lecture. Jean Madiran, Chroniques sous Benoît XVI

Mise en ligne de La rédaction, le 21 janvier 2011.

Jean Madiran, Chroniques sous Benoît XVI, Versailles, Via Romana, 2010

Par Luc Gagnon

[ EXTRAITS DU NUMÉRO 30 / HIVER 2010-2011 ]

Jean Madiran

(…) Dans son combat pour la transmission de la foi aux enfants selon la piété traditionnelle – et contre une « religion choisie » (p. 352-353) pour les adultes prônée par l’ancien directeur religieux de la Croix, Michel Kubler (« la religion MK ») –, Jean Madiran déplore qu’il n’y ait toujours pas de catéchisme dans les diocèses de France pour les enfants baptisés, alors que les évêques devaient en rédiger un en se basant sur le CEC et son Compendium : il touche encore là à une question urgente et primordiale pour l’avenir du christianisme en France et en Occident. Il insiste, en citant Mgr Lusseau, pour que le catéchisme soit enseigné avec le même sérieux que les cours profanes de grammaire et de mathématiques (p. 92) : on en est hélas bien loin actuellement !

L’auteur s’attarde moins sur la question de la Sainte Écriture, mais il condamne assez souvent la calamiteuse Bible Bayard et déplore la faible réaction de l’épiscopat français, qui lui a même accordé une forme d’imprimatur : la « trahison des commissaires », selon son expression, se poursuit. Il revient cependant sur « l’hérésie du XXe siècle », qui est une hérésie philosophique, nourrie du marxisme et du kantisme, menant au relativisme radical et qui affecte évidemment l’exégèse biblique. Il cite fréquemment Émile Poulat, le plus grand spécialiste de la crise moderniste du début du XXe siècle, qui considère que l’Église est aujourd’hui dominée par les modernistes et le kantisme (p. 291-292), par lesquels est dénaturé le sens traditionnel des Saintes Écritures. Il a bien raison également de dénoncer l’épiscopat français et les médias catholiques de gauche comme La Croix qui considèrent qu’il y aurait à l’heure actuelle une crise intégriste : « [...] derrière le déguisement d’une prétendue crise intégriste présentée comme un péril insupportable, c’est bien une crise moderniste qui s’est solidement implantée dans le catholicisme » (p. 340).

Jean Madiran se présente dans ces chroniques bénédictines avec un regard serein. Le polémiste du Concile Vatican II et de son application catastrophique discerne la clarté et la justesse de l’orientation de Benoît XVI qui va dans le sens de son combat. Évidemment, il reste bien des menaces à la transmission de la foi catholique authentique, mais « c’est finalement l’Église qui va le moins mal » (p. 230). Elle a une capacité surnaturelle de renouvellement intérieur unique. M. Madiran a un peu délaissé dans ses chroniques le champ politique stricto sensu bien qu’il écrive dans un quotidien essentiellement politique, « de matière politique et de forme catholique » (selon sa formulation). Ce qu’il a appelé le « mouvement national » des années 1980-1990 semble l’avoir énormément déçu, mais il n’a jamais mis son espérance dans le monde ou dans les hommes. Sans amertume et avec une saine liberté, il a su prendre ses distances d’hommes comme Jean-Marie Le Pen ou Mgr Marcel Lefebvre. Même à l’égard de son vieux maître Maurras, il a appliqué ses propres critères herméneutiques en recevant son œuvre dans

un esprit catholique et selon la doctrine sociale de l’Église : « Dans tout héritage, un être raisonnable fait et doit faire la défalcation du passif » (Mes idées politiques, cité par Jean Madiran, p. 401).

Jean Madiran laisse derrière lui une œuvre de discernement des temps actuels, tant au plan temporel qu’au plan spirituel, sous l’angle de la piété filiale, du respect de l’héritage des anciens, de notre civilisation catholique et française.

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