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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



DEUX CONCEPTIONS DE LA SEXUALITÉ
par Richard Bastien
(Publié le 5 octobre 2006)


Le dernier demi-siècle a été témoin d’une lutte incessante et implacable entre deux conceptions de la sexualité humaine.
 
Il y a tout d’abord la conception traditionnelle, fondée sur la révolution sexuelle déclenchée par les patriarches juifs mille ans avant Jésus-Christ, puis assumée et revivifiée par le christianisme. Cette conception affirme que, d’une part, la sexualité existe pour unir l’homme et la femme au point où ils ne forment «qu’une seule chair» et pour créer de nouvelles vies humaines et que, d’autre part, ces deux fins sont inséparables l’une de l’autre. Elle soutient que la sexualité est source d’épanouissement humain lorsqu’elle s’intègre à un projet de vie associant un homme et une femme. La nécessité de l’intégration est liée au fait que, en chacun de nous, subsiste une tension entre un moi inférieur et orgueilleux, enraciné dans ce que l’Église appelle le «péché originel», et un moi supérieur, noble et généreux, les deux s’opposant pour obtenir le contrôle de l’esprit et du corps. Cette tension n’est pas un dualisme fondamental mais le résultat d’une blessure intérieure, congénitale pour ainsi dire. Saint Paul la décrit au chapitre VII de l’épître aux Romains: «Je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur; mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de ma raison, et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres.» 

Comme l’indique la récente encyclique Deus Caritas Est de Benoît XVI sur l’amour humain, cette conception traditionnelle ne s’oppose pas au plaisir sexuel. Elle cherche plutôt à intégrer la dimension physique de l’amour – souvent désigné par le mot éros – et la dimension spirituelle de l’homme. Selon les mots de Benoît XVI, «en réalité, éros et agapè (…) ne se laissent jamais séparer complètement l’un de l’autre. Plus ces deux formes d’amour (…) trouvent leur juste unité dans l’unique réalité de l’amour, plus se réalise la véritable nature de l’amour en général». Bref, il ne peut y avoir d’amour conjugal véritable qui ne fasse pas une juste part, non seulement à l’esprit, mais également au corps, et donc au plaisir sexuel. «Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veut refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors l’esprit et le corps perdent leur dignité. Et si, d’autre part, il renie l’esprit et considère donc la matière, le corps, comme la réalité exclusive, il perd également sa grandeur». La conception judéo-chrétienne de la sexualité ne récuse pas le plaisir sexuel, elle le protège contre la tentation d’en faire une sensation purement animale.
 
À cette conception traditionnelle s’en oppose une autre, que l’on pourrait qualifier de ludique ou récréative et qu’illustre parfaitement la revue Playboy. Cette conception, fondée sur la révolution sexuelle des années 60, postule que le sexe n’est rien de plus que l’excitation des organes génitaux, l’orgasme étant l’objectif à atteindre, et le partenaire le moyen de l’atteindre. Selon cette perspective, la sexualité se conçoit essentiellement comme une force biologique qu’il faut «libérer», à défaut de quoi elle devient «réprimée» et, par conséquent, nocive. La chasteté, c’est-à-dire l’effort visant à dompter les pulsions sexuelles en les ordonnant à une réalité supérieure, est considérée malsaine, voire anormale. Tous les comportements sexuels sont permis sous réserve du consentement mutuel et de l’absence de tort aux enfants. 

Ces deux conceptions ne s’accordent que sur un point: la sexualité humaine est un instinct très puissant, notamment chez les hommes. Elles divergent sur la façon de traiter cet instinct. L’une affirme qu’il faut le canaliser vers le mariage; l’autre qu’il faut lui lâcher la bride. L’une dit que, grâce à la raison et à l’éducation morale, les passions peuvent être maîtrisées; l’autre que la liberté consiste à libérer les passions, la raison n’étant, selon le mot de David Hume, que «l’esclave des passions». 

Beaucoup de penseurs contemporains estiment que ces conceptions reposent sur une fausse dichotomie et représentent deux positions «pures et dures» défendues, l’une par des «extrémistes de droite» ou des «fascistes religieux», l’autre par des «extrémistes de gauche» ou des «fanatiques du laïcisme». Bref, on présume qu’il existe entre ces deux conceptions un moyen terme plus raisonnable, compatible avec une certaine permissivité sexuelle (par exemple la contraception, les relations sexuelles avant le mariage et, dans certains cas, les relations homosexuelles), mais sous réserve de certaines limites (par exemple la polygamie ou les activités sexuelles de groupe).

Cette approche «mitoyenne» est intellectuellement insoutenable. Certes, le comportement d’une personne peut relever un jour d’une conception et, un autre jour, de l’autre – nous avons tous nos défaillances et nos fautes. Toutefois, l’idée qu’il existe une troisième voie entre les deux autres n’a aucun sens. L’homme est soit un animal doué de raison, auquel cas son corps ne saurait se réduire à un instrument de jouissance, soit un animal dominé par ses passions ou, pour mieux dire, par ses instincts, auquel cas son corps n’est rien d’autre qu’un instrument de jouissance (comme l’observait un jour le célèbre satiriste Malcolm Muggeride, «le sexe est l’aspect mystique du matérialisme. Il nous faut mourir dans l’esprit afin de renaître dans la chair, plutôt que l’inverse»). 

Pour expliquer la notion de corps comme instrument de jouissance, on peut recourir à une analogie fondée sur l’alimentation. Lorsque nous mangeons, nous satisfaisons le besoin de nourrir le corps et le besoin d’en tirer un certain plaisir physique (que l’on rehausse en conférant à l’acte de manger une dimension sociale). Les historiens nous disent que les hédonistes de la Rome décadente absorbaient des vomitifs pour vider leur estomac et prolonger ainsi le plaisir de manger. En se focalisant uniquement sur le plaisir que procure l’absorption d’aliments, ils se trouvaient à séparer le besoin de nourrir le corps et le besoin d’en tirer un plaisir physique. Il en va de même, mutadis mutandis, des pratiques sexuelles des décadents modernes. En utilisant des contraceptifs, ils séparent la fin unitive (deux personnes se donnant l’une à l’autre sans réserve) de l’acte sexuel de sa fin procréative, tout comme les Romains, au moyen de vomitifs, séparaient le besoin physique de manger et le plaisir que l’on en tire. Bref, toute conception de la sexualité qui prétend se situer «à mi-chemin» des deux conceptions décrites ci-dessus n’est rien d’autre qu’un produit de l’imagination destiné à taire les reproches intérieurs que ressentent les personnes qui décident de profiter du nouveau climat de libération sexuelle. Une telle conception apaise peut-être la conscience de ceux qui la défendent mais, en réalité, elle est incohérente. 

Au Canada, comme dans la plupart des pays occidentaux, la conception ludique ou récréative de la sexualité est devenue prépondérante. Elle est promue activement par les médias, les écoles, la plupart des confessions protestantes (sauf le courant évangélique et une petite portion de la tradition anglicane) et les nombreux catholiques, clercs et laïcs, qui contestent le magistère de l’Église dont ils se réclament. Il existe en outre plusieurs «groupes d’intérêt sexuel» (féministes, homosexuels, défenseurs de la polygamie) qui, avec l’aide de l’État, s’emploient à faire en sorte que la conception ludique de la sexualité se reflète dans nos lois et dans notre jurisprudence.
Compte tenu de tout cela, on ne saurait s’étonner que les partis politiques canadiens hésitent à adopter des politiques compatibles avec la conception traditionnelle de la sexualité. Si on utilise l’attitude à l’égard du mariage des couples homosexuels comme indice, on peut conclure que presque tous les députés fédéraux du NPD, du Bloc québécois et du Parti libéral souscrivent à la conception ludique. Quant aux députés du Parti conservateur, ils semblent être divisés, le tiers d’entre eux appuyant la conception ludique, les autres la conception opposée. 

De plus, la magistrature canadienne, en abusant de son pouvoir d’interpréter la Charte canadienne des droits et libertés et en «découvrant» dans celle-ci des droits que ses auteurs n’avaient jamais même imaginés, a facilité la reconnaissance de la conception ludique de la sexualité au sein de l’architecture juridique canadienne. Par exemple, en affirmant que le principe d’égalité enchâssé dans la Charte exige un élargissement de la notion de mariage aux couples homosexuels, les tribunaux canadiens ont établi comme principe de droit que la pratique du coït anal entre deux hommes a la même valeur morale et sociale que l’union en «une seule chair» d’un homme et d’une femme. (...)

Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Élection de Benoît XVI



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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010