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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



L’ACHÈVEMENT DE L’ÉTATISATION DE L’ÉDUCATION AU QUÉBEC 1965-2005 (PREMIÈRE PARTIE)
par Gary Caldwell
(Publié le 19 décembre 2006)


La remarquable étude de notre collaborateur Gary Caldwell consacrée à l’étatisation de l’éducation au Québec fera date. Gary Caldwell, sociologue, père de famille, homme politique, témoin privilégié d’une évolution qu’il n’a cessé d’observer, d’analyser et de critiquer depuis plus de quarante ans, offre ici le fruit de sa vaste expérience, de sa réflexion et de sa lucidité.
 
(…) Passons maintenant aux nouvelles créations institutionnelles de la «révolution» scolaire: les polyvalentes et les Collèges d’enseignement général et professionnel (les «cégeps»). Ces deux nouvelles sortes d’établissements scolaires étaient les véritables pièces maîtresses de la réforme, le fruit d’idéaux libéraux et nobles. Le premier de ces idéaux était de veiller à ce que tougtes les classes sociales soient mises en contact les unes avec les autres pour favoriser un respect mutuel né du fait de se côtoyer à l’école secondaire. Pour ce faire, les cours généraux et professionnels se donnent dans le même édifice et les cours du premier cycle (secondaire I et II) se donnent à tous en même temps. Et le fait d’intégrer les élèves du secteur professionnel au programme général (cours de culture générale obligatoires pour tous), favoriserait l’égalité des chances en laissant ouvertes toutes les options à tout le monde. On poursuivait aussi l’objectif d’individualiser au secondaire la programmation du parcours scolaire des élèves. De plus, pour mieux préparer les jeunes à la vie moderne, on mettait en place la mixité (garçons et filles ensemble).

Après vingt-cinq ans de polyvalentes (c’est-à-dire d’écoles secondaires «polyvalentes»), quel est le résultat? Bien sûr, cette réforme a permis une ouverture plus grande à la scolarisation, et de meilleures perspectives pour ceux et celles qui autrement n’auraient pu fréquenter le secondaire: les élèves aux prises avec divers problèmes physiques et psychiques. On a vu se déployer l’engagement et la vitalité d’une génération d’enseignants qui a fait sienne les objectifs d’égalité des chances et de plus grande justice sociale (une bonne partie de la cuvée des professeurs des années soixante-quinze à quatre-vingt-cinq). Cette lune de miel a été rendue possible par un capital social existant, par une motivation sociale-démocrate, par les ressources financières amples d’un État sans dette et par une population en croissance. Ces professeurs, «la génération lyrique» de François Ricard, étaient partis pour la gloire, et ils ont pu entraîner leurs élèves dans l’effervescence de leur propre affranchissement.

Toutefois, après un quart de siècle, les nouvelles structures institutionnelles et pédagogiques ont commencé à être déterminantes, et sur l’école et sur le tissu social de la société même. Voici les principaux effets pervers spécifiques aux polyvalentes: plutôt que de favoriser la solidarité sociale, elles ont eu tendance à entraîner l’embourgeoisement de tous. Les cultures ouvrière et agricole ont cédé le pas devant celle des notables et de la petite bourgeoisie d’affaires. Les parents et les professeurs ont vite adhéré à la nouvelle structure de hiérarchisation sociale à l’intérieur des polyvalentes; les élèves les plus doués et les enfants de bonne famille se sont tous ramassés dans l’option «scientifique» en troisième année du secondaire, même s’ils n’étaient pas particulièrement intéressés par les sciences. Cette option est devenue la voie de la promotion sociale, et tout le monde le savait. Les cultures ouvrière et agricole n’avaient qu’à assumer leur statut inférieur. Même dans la polyvalente de Coaticook, ville de six mille âmes où presque tout le monde, sauf une poignée de professionnels, était issu du milieu agricole, à une ou deux générations près, la culture «farmer» était dévalorisée par une culture petite-bourgeoise. La fierté de classe, qui pouvait se cultiver dans les écoles de métiers et d’agriculture, ne pouvait résister au contact direct avec la culture petite-bourgeoise d’un établissement à l’intérieur duquel l’option scientifique était devenue la concrétisation du statut social dominant.

Un deuxième effet qui a pris plus de temps à se manifester, et qui est propre à tous les établissements d’éducation de grande taille – les polyvalentes étaient conçues pour une population scolaire de mille à deux mille élèves, et la plupart ont connu des effectifs de 1500 –, a été la désocialisation par le relâchement du contrôle social. Pour une population de jeunes de douze à seize ans, cela a engendré des conséquences graves. Les mœurs de civilité, de retenue en matière sexuelle et de respect envers les adultes n’ont pas tenu le coup dans ces «usines» de l’enseignement. Un frère Untel ou un Émile Robichaud l’ont vite compris.
Avec les années quatre-vingt-dix, la retenue sexuelle avait quasiment disparue, le respect des adultes avait diminué et la drogue avait pénétré complètement le milieu scolaire du secondaire. Effectivement, la société civile avait perdu son emprise sur son école au point que les parents étaient désormais des intrus inopportuns dans leur école secondaire, un milieu en marge de celui de la société hôte.

Tous ces comportements ont amené une situation d’anomie qui a contribué à un taux de décrochage de 45 % chez les garçons en Estrie dans les années quatre-vingt-dix, et à une augmentation du taux de suicide. La polyvalente de Coaticook, en 1996-1997, a même connu une série de cinq suicides en cinq semaines, provoqués par l’isolement social (on n’avait plus de frères et sœurs autour de soi) dans un milieu (d’après les dires d’un élève de cet établissement) «sans espoir». Donc, ce qui devait, sur la table à dessin de la commission Parent, être un foyer de solidarité et de fraternité – un «milieu civilisateur» ne suffisait pas pour ces libérateurs – est devenu un lieu d’anomie peu civilisateur. Le problème, c’est que les esprits libéraux qui font de l’ingénierie sociale prennent pour acquis un capital de mœurs et de contraintes sociales formatrices enchâssé dans la société civile. Il ne leur vient pas à l’esprit que de transporter des jeunes de 12 à 16 ans dans des autobus où ils sont laissés à eux-mêmes, arrachés de leur milieu social naturel – leur famille, leur quartier, leur village – risque de changer la nature de leur socialisation.

Après la polyvalente, pour ceux qui voudraient poursuivre leurs études, qu’ils soient dans le secteur de l’enseignement général ou professionnel, c’est le Collège d’enseignement général et professionnel, le cégep. Dans un tel établissement, la formation générale ou pré-universitaire est de deux ans et les programmes menant à des diplômes professionnels, de trois à quatre ans. Donc, pour ceux qui n’ont pas déjà décroché, à 16 ou 17 ans, c’est le départ pour un cégep, soit celui de la capitale régionale ou un autre ailleurs au Québec où se donne la spécialité professionnelle choisie.

Là encore, les mêmes considérations de rationalisation, de facilitation d’une solidarité sociale et de démocratie ont présidé à la création de ces nouveaux établissements. Pour ce faire, on a intégré les écoles de métiers, d’agriculture, de sciences infirmières et les écoles normales qui formaient les «maîtres», ainsi que des instituts de tout genre, les détachant ainsi des milieux professionnels où ils se trouvaient (par exemple, les sciences infirmières ont été séparées des hôpitaux). Ainsi, plusieurs établissements dans chaque région ont été regroupés physiquement au même endroit, rationalisation oblige, sous la même administration, où les élèves du cours général et ceux des cours professionnels pouvaient fraterniser ensemble, apprenant ainsi à mieux se respecter, tout en étant exposés à d’autres possibilités de carrières avec la liberté de changer d’orientation, question de «se trouver».
Pour ce qui est du côté dit «général», le cégep a été un désastre. Beaucoup de jeunes en ont, justement, profité pour «se trouver». Comme il n’y avait pas de nécessité économique, l’État accordant une aide financière aux moins fortunés, et comme il n’y avait pas de culture encadrante ou mobilisante, une certaine dérive s’est installée. De surcroît, les cégépiens sont tellement «libres» que, en moyenne, ils prennent deux ans et demi pour terminer un programme de deux ans.

Le problème, c’est le manque d’une culture propre à l’établissement et propice à l’éducation. Avec le temps, c’est une culture utilitariste qui a pris la relève chez les cégépiens: «comment obtenir les notes suffisante et décrocher mon DEC?» D’ailleurs, deux ans ce n’est pas assez pour inculquer chez le collégien la culture propre à son cégep (même si elle existait). La première année, on s’installe, la deuxième, on est en train de préparer sa sortie; et entre-temps, il faut se retrouver dans un campus de plusieurs milliers d’étudiants et d’une centaine de professeurs. À part ceux qui se sont alignés de façon utilitaire sur l’obtention des notes nécessaires à l’admission universitaire, beaucoup de «généralistes» en sont venus à la conviction qu’ils avaient gaspillé deux ans de leur vie et ce, pour beaucoup d’entre eux, en s’endettant vis-à-vis de l’État.

(...)

Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010