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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



Dantec et la fin des temps:
Considérations sur l’Antéchrist

par Jean Renaud
(Publié dans le numéro 10 d'ÉGARDS le 1er décembre 2005)


Dantec parmi nous
Une certaine violence chez Maurice G. Dantec répond – et réplique – à l'insensibilité du public moderne. En effet, ses nombreux lecteurs (ils se comptent par dizaines de milliers) appartiennent surtout à la génération X, une génération sourde et asthénique qu'on ne réveille qu'à coups de cymbale ou de canon et qu'on n'ébranle pas avec une prose proprette et prudente, mais avec celle (tonitruante) d'un Dantec, capable de parler à la fois (et dans une même phrase) de musique techno et de Jésus-Christ, de littérature policière et de patristique, de Nietzsche et de Benoît XVI, de Philip K. Dick et de Joseph de Maistre, de science-fiction et de tradition, un pied dans chaque monde et dans chaque galaxie. Si Dantec accumule les imprécations, comme d'autres les abdications, c'est tout simplement parce qu'il tente de réveiller des morts. On ne ranime pas facilement des demi-cadavres. Écrit-il bien? Aussi mal, en vérité, que Faulkner, Dostoïevski ou Balzac! L'obsession de la forme est un signe de stérilité. Le style de Dantec, négligent et puissant, quelquefois délicieux, ne passe pas par l'étape du correct ou du bienséant et ne s'embarrasse guère de délicatesse (quoiqu'il en soit capable): écriture obus ou obuesque (comme on dit ubuesque). Son œuvre entière est composée d'un bizarre mélange de conscience et d'inconscience, de spéculation et de prophétie. Mais ce trait ne distingue-t-il pas le vivant du mécanique? Si vous savez ce que vous faites, ne le faites pas, cela n'en vaut pas la peine (Œdipe ne devint voyant qu'après avoir perdu la vue):

La mort de l'art survient lorsque l'artiste se persuade de savoir ce qu'il fait, alors qu'il ne fait plus que ce qu'il sait
(Le théâtre des opérations, Paris, Gallimard, «collection Folio», 2000, p. 69).

Je suis frappé de la haine insolite que les professeurs vouent à Dantec. Il représente pour eux plus encore qu'un ennemi personnel, un homme à abattre. Pourquoi? À cause de cette espèce de folie sacrée à l'origine de toute parole vivante qui possède quelquefois Dantec – héritier inattendu des pythonisses antiques – et dont ils sont parfaitement dépourvus, stérilisés jusqu'à la moelle par la raison, par le calcul, par le nihilisme. À le lire, je me suis rappelé les réflexions de Thomas d'Aquin sur la prophétie (Somme théologique IIa – IIae, question 171, art. 2). Thomas se demande si la prophétie peut être un «habitus». Sa réponse est non. C'est toujours une «impression passagère». Elle se rattache davantage à une blessure, à une souffrance, à une sorte de fiasco… Rien de plus facile à réfuter qu'un prophète. Sa connaissance «singulière» tient de la fulgurance démonique, de la catastrophe ontologique, ce qui la rend particulièrement inaccessible aux mesures du rationaliste ou aux petites secousses de l'esthète. Prophète à l'état sauvage, sibyllin et contradictoire, naïf et extralucide, Dantec écrit avec des cauchemars qui sont les reflets de l'avenir.

L'essayiste est singulier. Les deux tomes du Théâtre des opérations évoquent un Montaigne frénétique dans lequel abondent visions et pensées. Sur le polémiste, je répéterais l'hommage de Georges Bernanos à Léon Daudet dans Les Grands Cimetières sur la lune. On ne saurait compter, pensait Bernanos, les injustices du polémiste, «du moins les porte-t-il ainsi que les cicatrices au torse d'un vieux gladiateur»DD. Et le sombre prophète d'ajouter: «Ce n'est pas là le visage d'un Pharisien». Sur cet aspect trop négligé de son œuvre, Dantec s'inscrit dans une tradition gauloise assez ancienne, illustrée par Rabelais, et plus près de nous par Léon Bloy et par Louis-Ferdinand Céline. Dantec, en effet, applique volontiers des procédés rhétoriques composés d'amplification et d'exagération; il ne se refuse pas l'humour, la caricature, sinon la «farce», un certain comique quelquefois fruste (pas toujours) qui typifie plus qu'il ne peint une élite en débâcle! Cela ne ressemble à rien de connu chez nous. C'est pourquoi plusieurs sont déroutés, voire un peu scandalisés. À tort. Relisons Le Désespéré de Léon Bloy, nous ne sommes plus gênés des insultes personnelles à toute l'intelligentsia du temps (Zola, Daudet et ses deux fils, Catulle Mendès, Paul Arène, Léon Cladel, Jean Richepin, Albert Wolff, etc.), qui rebutaient les contemporains, insultes devant lesquelles celles d'un Dantec semblent des gentillesses. Aujourd'hui, un siècle plus tard, seul le mythe, la personnification, la typification ressort. On avait, à la fin du XIXe siècle, matière à cent procès pour diffamation; on se retrouve en ce début du XXIe siècle face au Juvénal français (comme le célèbre critique Rémy de Gourmont l'avait prévu). Tous les bien-pensants (et en particulier les catholiques) ont reproché à Léon Bloy sa brutalité, non sans de solides raisons. De nos jours, les mêmes blâment Dantec de ses violences. Mais ces censeurs oublient seulement que Dantec, comme Bloy avant lui, écrit moins pour les honnêtes gens ou pour les bons catholiques que pour les égarés. (...)

Lisez la suite dans le numéro 10 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010