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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



Joseph de Maistre en Amérique :
pour une grande alliance conservatrice

par Jean Renaud
(Publié dans le numéro 7 d'ÉGARDS le 21 mars 2005)


Un jour, je m’amuserai à réécrire les Considérations sur la France*, pour les étendre, dans le temps et dans l’espace, à l’histoire de l’Occident depuis deux siècles. Aurai-je ce loisir? Est-ce que l’espèce de sommeil surnaturel de ma petite patrie n’en rend point la réalisation assez vaine? Je crois prudent de proposer dès aujourd’hui un aperçu de ce que seraient ces considérations qui risquent de ne pas être.

Je poserais d’abord l’apparente extension du champ de la volonté humaine. Nos progrès techniques et scientifiques ont enivré les esprits – le romantisme de la science n’étant plus compensé par la sagesse et la méditation des exemples anciens – et renforcé l’illusion tenace du contrôle technocratique et techno-politique. Je discernerais, dans cette recherche outrecuidante d’une autonomie radicale, la cause directe de l’augmentation exponentielle des massacres dus aux révolutions et aux guerres et de l’affaissement mystérieux de l’âme humaine dans les zones «pacifiées». 

Le placide et stupide XIXe siècle (de 1815 à 1914, l’Europe connut une relative tranquillité, tempérée, il est vrai, de violents conflits) opéra une lente, minutieuse et profonde dégradation des cœurs ainsi qu’une corrosion des mœurs, l’une et l’autre observées par quelques génies, Balzac en tête. Puis ce fut le réveil: la tuerie absurde (si l’on s’arrête à des explications uniquement humaines) de la Première Guerre mondiale rendit droit de cité au désespoir. Dans cette Grande Guerre, causes et effets ne semblaient-ils pas se narguer, tant l’horrible fruit divergeait du ridicule germe. Je défendrais pourtant la thèse, qui exige une longue introduction au mystère du Mal, d’un carnage sinon nécessaire, du moins inévitable, une fois l’apostasie de la fille aînée de l’Église institutionnalisée par le combisme**. Puis défileraient boucheries et songeries, hécatombes et chimères: la Révolution russe, devant laquelle celle de 1789 se distingue mal d’un carnage un peu timoré; la révolution nazie – et Maistre, admirateur de Jérusalem contre les philosophes et l’antisémite Voltaire, n’aurait-il pas reconnu là un mystère d’iniquité, prémices sanglantes à la venue de l’Antéchrist? Ces deux vastes épidémies psychiques sont l’effet paradoxal – un choc en retour – de notre aveuglement volontaire sur la part d’animalité que l’humain porte en lui et qu’il doit diriger et non rejeter: explosions d’une mauvaise fièvre suscitée, provoquée, activée, alimentée par de «sombres Lumières» (Jean Brun) négatrices d’instincts tapis dans l’ombre, nourris en secret de déchets et de cadavres, incontrôlables puisque ni ennoblis, ni pénétrés de raison, devenus d’une puissance monstrueuse, nouveaux démons archaïques, avides, comme dans l’Amérique ancienne, de sacrifices humains. Le mot définitif vient de l’illustre Pascal: qui veut faire l’ange fait la bête. Il est naturel qu’à l’humanitarisme déliquescent réponde la brutalité nihiliste. Les nazis furent des fils de bourgeois pusillanimes et apeurés. L’ange sinistre, frileusement réfugié dans sa maison de banlieue, a engendré des animaux sanguinaires. Blanc de Saint-Bonnet n’a pas tort: le fils est la pensée secrète du père. La dernière scène de cet acte féroce, ce furent les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, explosions si destructrices qu’elles dépassaient les appréhensions des plus sombres des prophètes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, le «livre noir du communisme» fut achevé dans les larmes, la pénurie et l’extravagance: la Révolution culturelle chinoise, saluée par les élites occidentales de Sartre à Chomsky, l’amok cambodgien, la psychose de Ceaucescu et le reste. 

À la fin du XXe siècle, sous la présidence d’un des plus grands politiciens conservateurs de l’histoire, Ronald Reagan, et sous le règne du saint Pape Jean-Paul II, on assista à la chute d’un communisme occidental devenu semblable à un furoncle tari de n’avoir plus rien à pourrir. Le 11 septembre inaugura un nouvel acte! L’unité par le vide et la terreur d’un Inoccident démoralisé, à la spiritualité fatiguée, sans identité fixe, incapable de résister aux suggestions des sorciers et des comptables, toujours prêt à pactiser avec le barbare (son seul souhait étant de survivre et non de vivre dignement), n’est plus freiné que par les seuls restes de l’Occident chrétien. Et pendant que la majeure partie de l’humanité, envieuse et impuissante, souhaite la mort du héros, l’Amérique, le seul retardateur encore actif dans le champ politique, supporte le poids du monde. À quand l’erreur fatale? La défaite intérieure ou extérieure? C’est être un bien petit prophète que de deviner une Amérique bientôt vaincue par elle-même, à cause d’une contradiction mortelle jamais résolue au sein de cette projection paradoxale, écartelée entre Jefferson et John Adams, de la Chrétienté et de la Révolution. Il existe chez les conservateurs américains une tentation wilsonnienne, rejeton du vieux puritanisme utopien, qui mène à un cul-de-sac. Tout permettrait à un nouveau Maistre de prévoir le pire, et d’abord un signe qui ne trompe pas: l’illusion tranquille des uns et des autres de contrôler leur destin en un temps hors de ses gonds. (...)

* Version texte simple, UNIX ISO-latin-1: JMCF
 
** Émile Combes (1835-1921), on le sait, fut un des principaux maîtres d’œuvre de la politique anticléricale française qui mena à l’expulsion des congrégations au début du XXe siècle


Lisez la suite dans le numéro 7 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010