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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



De l'Amérique profonde au Canada restauré (la réélection de Bush et la monarchie canadienne)
par Jean Renaud
(Publié dans le numéro 6 d'ÉGARDS le 13 décembre 2004)


La Grande-Bretagne a perdu conscience
de ses racines, les Britanniques ne croient plus à la valeur de leur monarchie, l’Église anglicane se désintègre à vue d’œil, cependant qu’il n’y a plus de France.

N’est-ce pas l’occasion pour le Canada de devenir le lieu de conservation, de persistance et de restauration des deux plus grandes civilisations de l’Occident, un Occident en train de se déplacer vers l’ouest ?


Notre combat culturel doit s’enraciner dans une mystique conservatrice, qui manque cruellement aux Canadiens. Ne convient-il pas de retrouver les quelques restes de ce que nous fûmes dans ce que nous sommes et de leur redonner la vie? Une renaissance du cours classique est-elle impensable ? Pour mettre fin à la tyrannie technocratique, une restauration du pouvoir politique, rajeuni par la vertu de nos plus anciennes traditions constitutionnelles, est-elle concevable?

Le pouvoir politique sauve la communauté. De quoi? De l’anarchie, mais aussi, lorsqu’il y a légitimité (donc lien concret avec le bien commun ou la justice), de la tyrannie. Car la fin de l’État rêvée par les marxistes et les libertariens signifierait le GOULAG, dans la mesure où l’État remplacerait alors la société (et prendrait son nom). Administration tyrannique et gouvernement anarchique, c’est presque la situation actuelle. On y répondra par une rétablissement du politique: en haut la souveraineté (primauté du politique), en bas les libertés (société civile distincte de l’État). Ni l’État canadien ni l’État québécois ne sont des pouvoirs normaux. Or il subsiste, au-delà du dysfonctionnement et des projets empreints de démesure du Léviathan canado-québécois, un ancien héritage politique, toujours présent, toujours vivant. C’est l’héritage britannique.

En l’année 1846, à l’occasion d’une nouvelle loi sur la milice, le colonel Taché, plus tard sir Étienne Taché, prononça un célèbre discours duquel tous retinrent la phrase restée fameuse: « Le dernier coup de canon tiré pour le maintien de la puissance anglaise en Amérique le sera par un bras canadien ». Il ne s’agit pas de défendre aujourd’hui «la puissance anglaise en Amérique», mais l’identité britannique et ses institutions, méprisées par le Canada anglais. Cette nécessité de rappeler au Canada anglais ses racines dépasse infiniment toute question ethnique. L’hétérogénéité ethnique du Canada anglais ne modifie en rien la nature des choses: le Canada est né de la culture politique britannique et sa sensibilité (son âme, dirais-je) provient de la glorieuse littérature, de l’imagination morale transmise par les œuvres de Walter Scott, de Dickens, de Kipling ou de Chesterton. L’idéologie multiculturaliste ne sera contredite au Canada anglais que par un recours conscient à son identité britannique – non en un sens ethnique, mais, politique, moral et spirituel: le lien du Canada avec la tradition culturelle et politique européenne (présentement brisé et qu’il est urgent de réparer) s’inscrivant d’abord et avant tout dans celui avec la Grande-Bretagne, ses institutions et les doctrines morales et culturelles issues du torysme. En effet, on peut dire en gros que si les États-Unis d’Amérique sont nés de l’influence whig (de 1688 jusqu’à la Révolution américaine, c’est la faction whig qui a presque toujours été au pouvoir), les racines du Canada, elles, sont tories.

En 1771, John Eardley Wilmot, juriste et parlementaire de la grande époque, écrit à son fils que la constitution britannique est favorisée d’une souplesse (elastic spirit) qui la rend merveilleusement adaptée à la défense des droits civils et religieux. Cela rejoint le mot ultérieur de Macaulay, dans son histoire d’Angleterre: « Il existe dans tous les esprits honnêtes et réfléchis une conviction chaque jour renforcée par l’expérience, c’est que les moyens de réaliser toutes les améliorations que peut réclamer la constitution se trouvent dans la constitution elle-même. » Il faut un parti des « politiques » (à l’opposé de celui des technocrates) pour renouveler l’esprit de 1867. L’espèce d’accélération de l’histoire et de rupture avec l’Europe politique est peut-être l’occasion « paradoxale » de réaliser le rêve de George Grant et d’Henri Bourassa, celui d’un pays où régnerait plus qu’ailleurs la tranquillité de l’ordre. La Grande-Bretagne a perdu conscience de ses racines, les Britanniques ne croient plus à la valeur de leur monarchie, l’Église anglicane se désintègre à vue d’œil, cependant qu’il n’y a plus de France. N’est-ce pas l’occasion pour le Canada de devenir le lieu de conservation, de persistance et de restauration des deux plus grandes civilisations de l’Occident, un Occident en train de se déplacer vers l’ouest ? Pendant que nos amis américains érigent les remparts protecteurs, ressuscitons la culture, la spiritualité, les institutions traditionnelles du glorieux passé européen. N’est-ce pas notre rôle providentiel, si nous en avons un (et si le Canada a un avenir) ? J’imagine qu’il existe une jeunesse canadienne-anglaise en train de méditer les œuvres d’Edmund Burke et du docteur Samuel Johnson. Il doit subsister au moins les germes d’une spiritualité tory chez nos concitoyens anglo-saxons. Quel beau risque d’en appeler à ces subsistances de leur côté, comme du nôtre à parier sur notre vieux sang de gentilhomme français et catholique !

Notre grande tradition politique renferme quelque chose de monarchique, d’aristocratique et de démocratique. Voilà le caractère des « vrais régimes » selon Platon, les autres ayant l’inconvénient d’asservir un groupe de citoyens. La politique incarne le mieux possible une forme atténuée de l’amitié inaccessible à la seule « religion »: une amitié civique, imprégnée de valeurs, qui repousse les divers avatars de la démesure menant à la guerre civile (le pire des maux). La religion chrétienne, quant à elle, doit à la fois influencer la chose publique et en être distincte. Il existe un danger de démesure dans la foi non seulement lorsqu’elle divise une communauté, mais lorsque des représentants de l’autorité spirituelle s’arrogent par surcroît le pouvoir temporel et risquent de l’enflammer dans une volonté d’absolu démentielle. Au fond, notre tradition politique britannique nous sauve autant de la démesure séculariste que « spirituelle » (islam et fondamentalisme); elle permet à la politique d’agir pleinement dans son «registre» propre, une politique déchargée de la responsabilité surhumaine (c’est le mot juste) de la rédemption du genre humain, en faveur de sa tâche spécifique: le «bien commun temporel» (comme disent les thomistes).

La via media entre le sécularisme et le fondamentalisme (représentée au spirituel par le catholicisme, capable d’un discours rationnel sur la loi naturelle) est personnifiée, au temporel, par la monarchie britannique. L’institution royale n’est pas motivée par un simple calcul abstrait autour de l’équilibre des pouvoirs. Elle introduit dans la chose publique une influence personnelle, qui, au lieu d’être spécialisée dans une étroite fonction, apporte une mesure humaine, surtout lorsque l’appareil de l’État s’affole et qu’il est tenté par quelque outrance.

La nature faustienne de l’État moderne déborde la classique notion de tyrannie. Le tyran ancien, dont l’autorité n’était pas ancrée dans le bien commun et qui se plaçait hors des lois, pouvait dans certains cas «jouer» à réaliser la justice, pour plaire (et par voie de conséquence conserver son pouvoir) ou par une espèce d’esthétisme politique. L’objectif de la tyrannie actuelle est de modifier en profondeur la nature propre de l’humain. Hitler ou Staline l’ont fait dans le sang et les larmes (mais non en l’absence du consentement du «peuple»); l’État moderne, lui, n’a plus besoin de ces grossières recettes coercitives. Or, pour mettre un frein à cette démesure « institutionnelle », notre monarchie offre des recours qui n’agissent plus guère et dont il faut restaurer le prestige atrophié par l’habitude et l’indifférence. Nous avons en effet perdu le sens spirituel et politique de ces anciennes institutions. Les juges canadiens ne sont-ils pas devenus les pires acolytes des ingénieurs sociaux? Adrienne Clarkson, le gouverneur général en poste, n’est-elle pas une complice du projet étatiste, une projection de l’esprit utopien? La reine du Canada ne semble-t-elle pas de plus en plus lointaine (c’est toute l’Europe politique qui s’éloigne)?

Il ne s’agit pas ici de changer le régime, mais de le préserver. La reine ou le gouverneur général ne représentent plus de puissantes figures symboliques parce qu’on a laissé s’en aller à vau-l’eau la défense culturelle de notre patrimoine politique. Rien ne permet d’espérer en la résistance de nos institutions – et de la Constitution de 1867 – sans une offensive salutaire qui redonnerait à ces institutions leur âme. Pour ce faire, il faut répondre au déficit symbolique des citoyens de notre pays (l’aspect symbolique importe infiniment dans les affaires humaines) et revivifier des institutions qui ont perdu leur aura.

N’oublions pas ce qu’est une monarchie. La présence de l’hérédité dans la chose publique, en dehors de tout népotisme, au grand jour, pour ainsi dire épurée, garantit la permanence du lien de nature et des valeurs d’héritage, de succession, de pérennité familiale et nationale à l’origine de la civilisation. Le roi, ce gardien des libertés, ce frein à l’arbitraire et au despotisme démocratique (l’expression appartient à Tocqueville), ce garde-fou contre la démesure est naturellement (notons-le en une époque où les élus ne s’adressent plus qu’aux individus isolés) le roi des familles; il concrétise dans sa personne et dans les siens l’unité mystérieuse de l’État. Il n’est pas mêlé aux factions, aux querelles hautes ou basses, mais incarne, dans une présence qui ne satisfait pas seulement la raison, la mystérieuse jonction du politique avec l’être de la nation. En lui et en sa famille reviennent le Père et le Fils, l’archétype de la souveraineté. Celle-ci, comme le croyait Pierre Boutang, se fonde sur le regard de l’enfant vers le Père et dans l’accueil du Père à cet appel confiant. En ce sens, le secret de la souveraineté se trouve dans l’Ancien Testament, ce que n’ignorait pas Bossuet. Le rejet de l’Ancien Testament est au cœur du mal québécois, un mal qui a envahi l’espace canadien. Un marcionisme inchoatif, qui est reniement du Père, explique la débâcle québécoise et canadienne. À la crise de la naissance (le grand mystère remis en question par notre temps) et de l’héritage correspond une carence de paternité et une ruine de la souveraineté…

Les institutions possèdent une substance spirituelle; elles sont attachées par des fils invisibles à des anges tutélaires qui les sauvegardent de la corruption, de l’amnésie, du sacrilège. Les législateurs et les orateurs d’antan, les premiers maîtres politiques de la nation composent un vaste cénacle, un conseil des tuteurs et des gardiens de la cité, mânes bienfaisants que le citoyen pieux invoque. Rivarol, lui-même, peu suspect de bigoterie, n’ignorait pas que l’État est un «vaisseau mystérieux qui a ses ancres dans le Ciel». L’hérédité siège encore en haut de l’État canadien. Si ce beau symbole n’offre plus au regard des foyers, du plus humble au plus prospère, l’ample loi salvatrice, c’est parce qu’on ne l’a plus renouvelé par des «discours» qui ravissent l’âme et enthousiasment les cœurs. Car tout vient du toit domestique: les arts et les cités, les lois et les nations. Que de grands esprits la célèbrent à nouveau, comme autrefois Kipling ou Burke magnifièrent la Couronne britannique, et la puissante figure emblématique de la personne royale restituerait à l’ordre politique (menacé par la déshumanisation et la technique) un contact visible et permanent avec le lien de nature.

(...)

Lisez la suite dans le numéro 6 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010