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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



LA POLITIQUE DE GEORGE W. BUSH ET LES CHRÉTIENS D'ORIENT
par Cyrus Pahlavi
(Publié dans le numéro 11 d'ÉGARDS le 19 mars 2006)


Plusieurs intellectuels, de gauche ou de droite, croient que les chrétiens d’Orient, en particulier ceux d’Irak, sont les premières victimes de la politique américaine au Moyen Orient. Pour le chrétien d’Orient que je suis, ce lien de cause à effet entre la politique de Bush et les traitements subis par les chrétiens d’Irak est naïf et fallacieux. Outre l’éradication du christianisme oriental qui est indiscutable, le raisonnement qui sous-tend cette affirmation repose sur des postulats pour le moins contestables à savoir que : 1- les chrétiens étaient bien traités sous le régime de Saddam Hussein ; 2- leur persécution résulte directement de l’intervention américaine en Irak. S’il y a indéniablement accélération, ce phénomène n’est hélas ni nouveau ni circonscrit au seul protectorat américain. Au contraire, il afflige tout le Moyen-Orient et trouve ses racines dans des causes profondes qui sont, d’une part, l’émergence trentenaire d’un islamisme conquérant et sectaire et, d’autre part, la décadence de l’Occident protecteur et sa trahison de l’héritage chrétien au profit d’une islamophilie complexée et complaisante d’autant plus malsaine qu’elle est funeste pour tous.
 
Une communauté historique en voie d’extinction 

Comme le rappelle Gérard-François Dumont, la première caractéristique des chrétiens d’Irak est qu’ils sont les héritiers d’une implantation religieuse très ancienne et, donc, antérieure à la naissance de l’islam au VIIe siècle. La communauté chrétienne est, pour la large majorité de ses fidèles, une communauté historique, composée par des descendants de populations qui vivaient en Mésopotamie très antérieurement à l’Hégire. Deuxième caractéristique qui vaut également pour la quasi-totalité des membres des églises chrétiennes d’Orient : les communautés chrétiennes sont autochtones puisqu’elles sont quasi exclusivement composées de personnes nées en Irak. « En conséquence, personne ne devrait songer à demander ou à contraindre leur départ sous prétexte d’obliger les chrétiens à retourner dans leur pays, puisque leur pays, leur terre d’héritage, c’est l’Irak, la terre de naissance des actuels chrétiens d’Irak comme de leurs ancêtres, ou, pour quelques minorités, le Moyen-Orient. Les chrétiens d’Irak sont pleinement irakiens, descendants d’une longue tradition religieuse, non des convertis de fraîche date » (1). Cela étant dit, il est amusant de voir l’ingénuité déconcertante avec laquelle les observateurs occidentaux réalisent soudainement, quoique timidement, la disparition de cette communauté historique des chrétiens d’Irak (2). Loin d’être un « scoop », l’agonie de cette communauté millénaire est impossible à ignorer et cela d’autant plus qu’elle ne date pas d’hier. Les faits sont là : une étude estime que quelque 40 % des membres de la communauté chrétienne sont partis depuis 1987, année où le recensement révélait la présence de 1,4 million de chrétiens en Irak. Alors que les chrétiens ne composent plus que 3 % de la population irakienne, leur proportion du flux de réfugiés se dirigeant vers la Syrie est aujourd’hui de l’ordre de 20 à 95 %. « Notre église a dû consacrer plus de temps à remplir des certificats de baptême pour nos membres qui souhaitaient quitter le pays qu’à participer au culte. (…) Notre communauté est décimée », observait un diacre il y a quelques mois.
 
Le Mythe de Saddam Hussein, protecteur des chrétiens 

La « version officielle » diffusée par les médias occidentaux est que cet exode des chrétiens d’Irak a pour cause directe, voire unique, l’invasion militaire américaine et le renversement du régime « laïque et pro-chrétien » de Saddam Hussein. Si la situation était aussi élémentaire que ne se plaisent à les présenter nos sophistes professionnels, elle serait simple à comprendre. La réalité est cependant tout autre.
La légendaire bienveillance du despote de Tikrit à l’égard de mes coreligionnaires est tout simplement un mythe. Dès sa prise du pouvoir en 1968, Saddam a soumis les communautés chrétiennes à un fort contrôle policier dans le souci de prévenir tout ce qui pourrait remettre en cause la cohésion sociale et son autorité morale et politique. Les chrétiens furent immédiatement enjoints à s’intégrer à l’ambition initiale du parti Baas consistant à promouvoir le nationalisme arabe en premier, ce nationalisme étant une valeur supérieure à toutes les autres appartenances, y compris religieuses. En principe, au nom de ce nationalisme séculier, les chrétiens auraient du être considérés comme les autres Irakiens et ne pas être traités en Dhimmis, donc en citoyens de seconde zone, ce qui se faisait au temps du califat. Aux yeux de l’opinion publique internationale, Saddam Hussein s’est fait le champion de la liberté religieuse. Les non-musulmans jouissaient officiellement de la plénitude des droits civiques, étant électeurs et éligibles tout en participant à la vie intellectuelle, culturelle et politique du pays. Ceci étant, les chrétiens étaient redevables des mêmes charges, dont le service militaire, ce qui explique ces cimetières, où sont enterrés les morts de guerre, remplis non seulement de croissants, mais aussi de croix (3). Mais, rapidement, le régime dictatorial se montra sous son jour inique à l’égard des minorités chrétiennes. La politique d’étatisation les déposséda de leurs écoles privées comme de leurs établissements hospitaliers. À moins d’être dans la ligne du parti, les chrétiens étaient découragés de se mêler de politique, sous peine de répression sévère. En 1970, bien que se disant république laïque, l’article 4 de la Constitution reconnut l’Islam comme religion d’État, ce qui allait au-delà des dispositions adoptées en Syrie, où seule est mentionnée la nécessité, pour le chef de l’État, d’être de religion musulmane. De façon générale, les cultes chrétiens ne bénéficiaient pas des aides allant au culte islamique, tandis que le droit irakien, puisant nombre de ses dispositions aux sources de la charia, marque nettement des différences religieuses. Par exemple, une chrétienne pouvait se marier avec un musulman à condition que les enfants issus de leur union fussent élevés dans la religion musulmane. En revanche un chrétien ne pouvait épouser une musulmane. Le mariage religieux musulman était valable en tant que tel alors que le mariage chrétien devait être validé par l’autorité administrative civile. La donation d’un chrétien à un musulman était licite, mais non l’inverse, etc.(4). 

On ressort ad nauseam le cas de Tarek Aziz, chrétien et ministre de Saddam. Or il se trouve que Tarek Aziz, Michaïl Yohanna de son vrai nom, a changé de nom pour des raisons de discriminations religieuses. À partir de 1991, le régime baasiste remet considérablement en cause la laïcité au profit des autorités de l’Islam. Par exemple, une loi interdit les prénoms chrétiens. L’alcool est prohibé même si les chrétiens conservent le droit de le fabriquer et de le vendre. Progressivement, Saddam Hussein, autoproclamé héritier de Saladin, change de paradigme doctrinal, substituant la priorité donnée au nationalisme arabe par un discours religieux qui influence le droit et les comportements, tandis que Ben Laden assure dans le monde la promotion d’une idéologie islamiste radicale, dont le projet est de combattre « les croisés et les juifs », quels que soient les dommages collatéraux subis par des musulmans n’adhérant pas à cette vision nihiliste.
(...)

1 Gérard-François Dumont, « La mosaïque des chrétiens d’Irak »,
www.diploweb.com, Géopolitique du Moyen-Orient, 2005.
 
2 Voir notamment Daniel Pipes, « Christians Disappearing from
Iraq », New York Sun, 24 août 2004.
 
3 Didier Rance, Chrétiens du Moyen-Orient, Paris, Éditions AED,
1990.
 
4 Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des chrétiens d’Orient, Paris,
Fayard, 1994.


Lisez la suite dans le numéro 11 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010