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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



Conservatisme critique et «méliorisme»
Repenser la droite

par Pierre-André Taguieff
(Publié dans le numéro 9 d'ÉGARDS le 24 septembre 2005)


1° De la «droite», et plus généralement de la droite et de la gauche, je dirais volontiers — mutatis mutandis — ce que saint Augustin, dans un passage justement célèbre, disait du temps: «Qu’est-ce en effet que le temps ? Qui saurait en donner avec aisance et brièveté une explication? (…) Qu’est-ce donc que le temps? Si personne ne me pose la question, je sais; si quelqu’un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus.» (Confessions, XIV, 17). Soyons modestes et francs: nous ne savons plus clairement ce qu’est la gauche, ni ce qu’est la droite. Il ne s’agit pas d’une question de fait, mais d’une interrogation portant sur l’essence de la droite, pour autant qu’elle puisse être saisie. Certains pourraient se contenter de faire un inventaire descriptif de toutes les formations politiques se désignant elles-mêmes comme «de droite» ou «situées à droite», en incluant dans les résultats de l’enquête des groupes ou des individus classables (d’une façon plus ou moins arbitraire) à droite. Tâche aussi laborieuse que vaine, qui ne déboucherait que sur une poussière de petits faits et dits, sur un fatras hétéroclite de mots, de thèmes et d’idées vagues.

Ce qu’il convient de forger, ce n’est pas une définition descriptive, c’est une définition stipulative, et plus particulièrement normative et prescriptive: déterminer ce que la droite doit être ou devrait être. Tâche difficile, en ce qu’on ne peut ni partir de rien, ni se fonder solidement sur des références empiriques ou un corpus de principes. Mais en réfléchissant sur cette obscurité, sur les raisons de cet obscurcissement, nous pouvons trouver un fil d’Ariane pour sortir du labyrinthe. Encore faut-il faire preuve d’imagination et d’inventivité. Ce que pourrait être la droite, voilà la bonne question. Oublions l’état des droites, des droites observables. Négligeons le discours convenu de la droite sur elle-même. Exerçons-nous à jouer l’intellectuel critique pensant librement une droite possible, à l’écart des idées toutes faites dont se satisfait la gauche intellectuelle sur son adversaire désigné, qui trop souvent se les laisse imposer. Quelle droite pourrions-nous vouloir, souhaiter, espérer ?

2° À mon sens, la droite est à réinventer sur la base d’un retour critique sur divers héritages politiques et intellectuels, où brillent plus particulièrement le sens des libertés, le goût de la tolérance et la vertu de prudence. La tolérance, mais avec le souci de lui imposer des limites lorsqu’elle devient le refuge de l’intolérable. La prudence (au sens aristotélicien de «sagesse pratique», phrônesis), mais en la tirant du côté de l’éthique de la responsabilité, qui se préoccupe des conséquences de l’action. Le sens des limites, l’attachement aux libertés et l’esprit de responsabilité distingueraient clairement la pensée de droite de ce que j’appellerai globalement le «progressisme», mélange d’égalitarisme, d’utopisme et de «bougisme», qui permet de définir la configuration idéologique propre à la gauche. Le désir d’abolir toutes les limites et le goût immodéré des chimères, dans l’élément du culte du changement pour le changement (ce que j’ai baptisé «bougisme»), voilà ce qui donne son allure générale à la gauche, dans toutes ses figures. C’est ce dispositif qui la conduit à se montrer dirigiste, lorsqu’elle parvient au pouvoir. Est-il besoin de préciser que la récusation du «bougisme» n’implique nullement le choix de l’immobilisme? Jeter aux orties les corruptions idéologiques de l’exigence de progrès (le «progressisme») ne revient pas à faire l’éloge du statu quo.

Pour réinventer la droite en l’inscrivant dans la tradition du pluralisme libéral, il importe de montrer comment, tout en récusant le «progressisme», elle peut pleinement illustrer aujourd’hui l’alliance proprement moderne entre le progrès et la liberté, face à une gauche socialiste ou anticapitaliste qui a historiquement favorisé l’alliance du progrès et de la servitude, dont le communisme soviétique a offert le plus sombre visage. Un bref détour par la question du progrès, soumise à un examen critique, permettra de préciser la redéfinition recherchée de la droite.

Plutôt que de le déclarer mort ou «meurtrier», il importe de repenser le progrès, par-delà ses idéologisations, donc par-delà le «progressisme». Dans l’héritage des croyances progressistes, ébranlées par la découverte, au cours du court mais terrible XXe siècle, d’une barbarie «scientifisée», industrialisée et technicisée, il convient de faire un tri, il s’agit de distinguer entre ce qui est mort et ce qui est vivant. Ce qui est mort, c’est la thèse nécessitariste du progrès «automatique» et global (liant tous les ordres de progrès: scientifique, technique, économique, juridique, politique, moral, voire spirituel), illimité, indépendant de la volonté des hommes, quasi naturalisé. Ce qui est vivant ou potentiellement vivant, c’est l’interprétation «mélioristea» du progrès comme exigence morale et raison d’agir, sous la condition de substituer à l’unité fictive du Progrès une multiplicité de progrès partiels, liés à des choix démocratiques, dépendant donc de la volonté des hommes. Ce que j’appelle «méliorisme» désigne ainsi une réinterprétation possible du progrès comme objet du vouloir, pensé comme une exigence politique et morale par-delà toutes les formes de sa naturalisation (en termes de «lois de l’histoire» ou d’évolution globale naturelle et nécessaire), sous la condition de reconnaître qu’il n’échappe pas à l’indétermination, à la contingence et à l’imprévisibilité caractérisant les séries événementielles. (…)

(...)

Lisez la suite dans le numéro 9 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010