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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



LUMIÈRES ET RÉACTIONS SUR LE MOYNE D’IBERVILLE (1706-2006)
par Claude Marc Bourget
(Publié dans le numéro 11 d'ÉGARDS le 21 mars 2006)


À l’occasion du tricentenaire de la mort de Pierre Le Moyne d’Iberville (1661-1706), nous sommes très heureux de publier, en deux parties, cette forte étude érudite et polémique consacrée au plus illustre guerrier de notre histoire par le romancier Claude Marc Bourget.
La rédaction
 
"Le héros a son contraire, qui est le traître". Léon Daudet

I

Il y a peu, trois années peut-être, j’aperçois, qui s’éternise «en ligne», un morceau, fort anthologique à sa manière, du quotidien Le Soleil*. Il s’agit d’un dix-huitième article voué à la Nouvelle-France par un certain Louis-Guy Lemieux, chroniqueur, un dimanche d’été 1997, avant d’être «archivé» sur l’Internet, où semblent dégorger toutes les rotatives. La babiole s’intitule Grandeurs et misères d’un héros**; un chapeau en précise le tir:«Auteur d’exploits militaires, Pierre Lemoyne*** d’Iberville était aussi un être violent, cruel et cupide». Je ne connais pas Louis-Guy Lemieux, dont les Éditions du Septentrion, qui le publient aussi****, nous suggèrent qu’il excelle à redistribuer les piédestaux de l’histoire, après ce qu’il faut de déboulonnages, mais son texte est son texte, stupide et malveillant, et j’en sais un peu sur son holocauste, Iberville, homme de guerre, d’aventure, de conquête et d’Ancien Régime, aïeul étrange et si commode à calomnier en ces temps de pacifisme transcendantal, de cocooning et d’asthénie, spécialement au pays des forces désarmées, des sergents-pleureurs et des hommes joyeux. N’insistons pas, mais citons un peu le journaliste au sujet du héros:

«Pour faire un portrait plus pointu, on pourrait ajouter qu’il [Iberville] a sur les mains le sang de dizaines de civils innocents de la Nouvelle-Angleterre, qu’il servait à ses ennemis une médecine de guerre encore plus cruelle que celle apprise auprès de ses amis indiens et que sa loyauté à la couronne de France n’était surpassée que par sa cupidité. Enfin, pour dire toute la vérité, notre héros a commencé sa brillante carrière en violant une jeune fille de bonne famille de Montréal.»

Rien n’égale ce genre de diffamation un peu gauche, à la garde basse et que les médias, éditeurs de livres inclus, sanctionnent avec quiétude et suffisance, pour illustrer combien sévit, dans tout ce cartel des messagers, un esprit de maculage et de rabaissement, un snobisme de l’épuration, une mécanique de réformateurs (jusqu’au sens psychologique du terme), bref un ostracisme nouveau genre, et plutôt décadent et fat, mais où crissent à l’oreille attentive et bien faite les très impénitents rouages de la Révolution tranquille, interminables Saturnales, en sa trop calme Terreur. N’ignorons pas les utilités de ce fléau, même distillées en ses avatars, où savent agir aujourd’hui, éhontés, son alcool et sa rouille: faire table rase des origines en mémoire, comme des sources de la cité, coutumières, héréditaires, hiérarchiques, puis éteindre toute primauté, jusqu’seren ses braises temporelles (où réside la force), puis extirper enfin toute distance, je dirais tous les vouvoiements, ceux de la bouche et de l’esprit, si l’on vouvoyait aussi les faits et les choses. Ceux-là seuls atteindront à la libre connaissance, ne faut-il pas entendre, qui détruiront les commencements, l’ascendens, la puissance et la royauté des pères. Voilà le Promethée de Gœthe animant ses statues en haine du vieux dieu: «Je ne voudrais pour rien au monde changer avec l’oiseau du tonnerre, et saisir fièrement de mes griffes d’esclave les foudres de mon maître. (…) Je ne ferai plus un pas pour le souverain des dieux». Ses statues, il préfèrera les savoir sans souffle vrai ni charisme, du reste, à les imaginer vivantes en la souveraine action de Jupiter: «Non, tout enchaînés qu’ils sont ici par l’absence de vie, ils sont libres pourtant, et je sens leur liberté».
 
DU DÉSOSSEMENT DE L’HISTOIRE 

D’emblée, tel un Vautrin déguisé en Herrera (lisez Les Illusions perdues, du grand Honoré), mais au guignol, Lemieux oppose une «histoire officielle», relative et menteuse, évidemment, à la «vérité» qu’il va nous dire, la secrète et honteuse, mais exacte, chirurgicale vérité. J’entends bien qu’il dénonce ainsi les très séniles historiens du Canada français, les Garneau, les Groulx (bien entendu) et Frégault, sans oublier quelques vétustes érudits de France, les Guérin et La Roncière à la marine, les Margry aux archives, tout ce bois mort d’avant la mi-siècle passée, coda des vieilles fugues, hiver des obscurantismes, vert-de-gris des bronzes. Le journaliste puise à des sources autrement claires et neuves, qu’il cite à la va-vite: Nos racines, le Boréal Express, Histoire populaire du Québec, le Dictionnaire biographique du Canada. Je précise à l’instant que Nos racines, des fascicules d’épicerie saucés de dêmagôgia, et l’Histoire populaire du Québec, une besogne de vulgarisation assez vite promise au cédérom et au téléviseur (d’ailleurs avec l’argent «populaire»), sont les deux âges d’un même et multiple best-seller, celui de Jacques Lacoursière, aussi coauteur, en les années soixante, de ce fatras inesthétique que fut le Boréal Express, sorte de press-book où notre mémoire, du coup, n’était que brisures de corps, que disjecti membra poetæ*****, prélude à toutes les pédagogies du médiocre et autres ouvertures par le bas. Nous sommes là, grosso modo, dans la médiatisationde l’histoire, dans la mass histoire, dans la consommation massive de ses broutilles, d’un passé en conserve, puis en poudre, puis en cachet. L’affaire est justifiable devant les illuminés de la démocratie, excusable chez les nationalistes idolâtres, qui voient la nation dans ses ustensiles, mais en matière de source, je nous dirais assez loin des montagnes et plutôt près du large, ciel des abysses. Tout de même, à compulser ce pauvre Lacoursière, fort peu loquace à propos d’Iberville, mais avec indifférence, l’on s’inquiète de savoir par quelle aberration ses ouvrages, entre les mains de Lemieux, ont pu fournir matière à vandaliser la tombe du plus illustre mort de la Nouvelle-France. Quærens quem devoret («Cherchant quelqu’un à dévorer»), le journaliste aura fort engraissé sa proie.
 
(...)

* L’une des quelques feuilles à gros tirage du Québec. 
** LOUIS-GUY LEMIEUX, « Grandeurs et misères d’un héros. » Nouvelle- France : la grande aventure. Journal Le Soleil, documents et archives. 
*** On écrit plutôt Le Moyne. 
**** LOUIS-GUY LEMIEUX, Nouvelle-France, la grande aventure (illustrations d’André-Philippe Côté), Sillery, Septentrion, 2001.
***** « Les membres dispersés du poète » (HORACE, Satires, I, 4, 62).


Lisez la suite dans le numéro 11 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





* * *

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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010