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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de "société sans classes".

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



Paul Martin et la séparation
de l'église et de l'état

par Richard Bastien
(Publié dans le numéro 10 d'ÉGARDS le 1er décembre 2005)


Dans les milieux bien-pensants, on tient généralement pour acquis qu’une décision de l’Église catholique d’excommunier les politiciens qui appuient le mariage homosexuel ou l’avortement violerait le principe sacré de la séparation de l’Église et de l’État. Cette accusation ne tient pas debout. La loi n’oblige personne à accepter l’autorité de l’Église. Toutefois, on ne peut prétendre être catholique si on n’accepte pas cette autorité et l’Église est parfaitement justifiée de l’exercer sur ceux qui disent l’accepter.

La liberté religieuse est une voie à double sens: elle a pour objet de protéger non seulement l’État contre l’influence indue de l’Église dans les affaires publiques, mais aussi l’Église contre celle de l’État dans les affaires spirituelles. Les législateurs catholiques sont libres de voter selon leur conscience. Quant à l’Église, elle a le droit d’exiger d’eux qu’ils ne se présentent pas à la communion s’ils défendent des positions qui contredisent son enseignement officiel.

Mais pourquoi s’offusquer, comme on le fait un peu partout dans les médias, à l’idée que l’Église puisse demander à des politiciens catholiques de ne pas se présenter à la communion? Le problème vient de ce que la séparation de l’Église et de l’État donne lieu à deux interprétations très différentes. Dans un cas, elle signifie que nous sommes tous libres d’adhérer à la religion de notre choix et qu’il ne doit y avoir aucune discrimination sociale ou juridique fondée sur des croyances religieuses. Cette interprétation est issue de la tradition chrétienne: «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu». Mais, selon une seconde interprétation, la religion est une affaire strictement privée et, dans une société pluraliste, les jugements moraux fondés sur une tradition religieuse n’ont aucune pertinence dans les débats sur les questions d’intérêt public. Cette façon de concevoir la séparation de l’Église et de l’État repose elle-même sur une supposition gratuite, à savoir que tout argument enraciné dans une tradition religieuse ne peut être que non rationnel et, par conséquent, inadmissible dans un débat public. Seuls les arguments liés à une tradition non religieuse seraient donc susceptibles de rationalité. En réclamant un monopole sur ce qu’il dénomme «la raison publique», ce laïcisme radical présume que toute position morale liée à une tradition religieuse est dépourvue de rationalité.

En analysant les arguments invoqués depuis quelques années par le Premier ministre Paul Martin concernant l’avortement et le mariage homosexuel, on peut toutefois démontrer que les positions politiques informées par la foi chrétienne sont également fondées en raison et qu’elles sont même rationnellement supérieures à toute autre. Les positions de Paul Martin sur le mariage homosexuel et l’avortement contredisent non seulement l’enseignement de l’Église, mais la droite raison.

Si M. Martin devait justifier sa position concernant l’avortement, la plus solide argumentation qu’il pourrait invoquer serait la suivante. L’Église a toujours enseigné que seulement certaines obligations morales peuvent, ou doivent, être sanctionnées par la loi. Dans un monde pluraliste, si diverses autorités religieuses ont des positions divergentes concernant l’opportunité pour l’État d’interdire ou d’autoriser une pratique particulière, il vaut mieux que celui-ci se garde de l’interdire. Surtout lorsqu’il s’agit de questions relevant strictement de la vie privée, comme les actes homosexuels ou l’avortement, qui ne font pas l’objet d’un consensus, le principe de la plus grande liberté pour le plus grand nombre exige que la foi de «certains» ne devienne pas la loi de «tous». On peut défendre le droit des femmes de «choisir» d’avorter sans nier l’immoralité de l’avortement et le droit de l’Église de le déclarer immoral. La défense de la position «pro-choix» découle du droit de tous à la liberté religieuse. Aucun non-catholique ne doit être forcé par l’État de souscrire à la morale catholique.

Cette argumentation présuppose que l’avortement est essentiellement une question de religion et se conçoit comme un cas particulier du droit général à la liberté des consciences. Toutefois, il est clair que cette façon de poser la question de l’avortement n’est pas celle de l’Église. Elle nie que l’avortement soit une affaire «privée» et l’associe à une violation des droits d’un être humain – l’enfant à naître – par un autre. Bref, l’opposition de l’Église à l’avortement repose sur des arguments de droit naturel fondés en raison, défendables sans appel à la Révélation divine.

Les arguments qu’invoque l’Église pour s’opposer à l’avortement ont été clairement présentés par Jean-Paul II dans Evangelium Vitae:

la loi civile doit assurer à tous les membres de la société le respect de certains droits fondamentaux… Premier et fondamental entre tous, le droit inviolable à la vie de tout être humain innocent. Si les pouvoirs publics peuvent parfois renoncer à réprimer ce qui provoquerait, par son interdiction, un dommage plus grave, ils ne peuvent cependant jamais accepter de légitimer, au titre de droit des individus… l’atteinte portée à d’autres personnes par la méconnaissance d’un droit aussi fondamental que celui à la vie. La tolérance légale de l’avortement et de l’euthanasie ne peut en aucun cas s’appuyer sur le respect de la conscience d’autrui (s.71).

  Ce qui ressort de tout cela, c’est que les politiciens catholiques qui, comme Paul Martin, sont «personnellement opposés à l’avortement mais pro-choix» rejettent d’emblée la façon dont l’Église conçoit l’avortement. En appuyant la position «pro-choix», ils se trouvent à dire: «Je nie à l’enfant à naître le droit inviolable à la vie que je réclame pour moi et pour les autres êtres humains». Ils auront beau espérer que les femmes s’abstiennent d’exercer leur «droit» d’avorter, ils se trouvent ainsi à nier l’obligation morale de l’État de protéger tous les êtres humains contre une atteinte à leur vie.

La séparation de l’Église et de l’État dont se réclame M. Martin présuppose que l’enseignement de l’Église sur l’avortement est fondé sur des croyances non rationnelles qu’il dit respecter dans sa vie personnelle, mais qu’il refuse d’invoquer dans l’exercice de ses fonctions à titre de premier ministre d’un pays pluraliste. Ce faisant, il rabaisse et contredit l’enseignement officiel de l’Église. (...)

Lisez la suite dans le numéro 10 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010