Que signifie l’élection du 4 septembre pour les conservateurs ? (texte intégral)

Mise en ligne de La rédaction, le 2 novembre 2012.

par Jean Renaud

[ EXTRAITS DU NUMÉRO 37 / AUTOMNE 2012 ]

Pauline Marois

Inactiviste militant et même infatigable, je crois davantage, à tort ou à raison, au silence, aux germes, à la méditation, à la distance, au détachement qu’aux journaux, aux blogs ou au bavardage. Suis-je mal placé pour revenir sur les dernières élections québécoises ? Est-il possible au contraire que mon éloignement de l’actualité me donne une perspective plus ou moins neuve et me permette quelques remarques dignes d’intérêt ? Les lecteurs en jugeront.

Les peuples ne votent pas selon ce qu’ils pensent, mais selon ce qu’ils sont. Ils choisissent par connaturalité, dirait un vieux thomiste, plus que par la raison abstraite. Ce sont les mœurs, les habitus moraux (bons ou mauvais) de l’ensemble de la société civile qui déterminent fondamentalement nos décisions relatives à la cité. En révélant ce que nous sommes, nos affiliations politiques dessinent une ébauche de destinée, mais le hasard, l’accident, les interactions avec les tendances de l’époque en font un scénario original et imprévisible, où la liberté et les retours ont leur place. Nos choix périodiques n’annoncent ainsi l’avenir que de manière indirecte et confuse, le réel tissant sa toile sans toujours tenir compte de ce que nous voulons ou souhaitons, le contredisant ou le confortant selon de mystérieux décrets, qui ne sont accessibles que par bribes à la raison la plus affinée. Ce principe d’incertitude n’est-il pas en définitive un motif pour ne pas perdre confiance ?

Le régime libéral
La méthode de gouvernance de Jean Charest, dans une époque où est morte l’autorité, se défendait assez bien. Protéger la paix sociale en attendant la prochaine tempête (crise des finances publiques, psychodrame estudiantin, agitation identitaire ou, pire, révolte des contribuables). Colmater les brèches, éteindre les feux, étirer le temps, tricher, remettre à demain, louvoyer, mentir pour le bien de tous, réconforter les uns, acheter les autres. Cette stratégie du déclin tranquille ne paye pas de mine in abstracto, mais, dans les faits – et aussi inavouable puisse-t-elle être – elle paraît séduisante pour un électorat qui voudrait que rien n’arrive. C’est le régime d’un temporel pur : soumission complète aux intérêts immédiats des puissants et aux convoitises de la multitude, imitation toute extérieure des penchants, des marottes, des idéologies (ainsi la parité entre les hommes et les femmes au cabinet ou un environnementalisme de façade). On peut établir une analogie avec l’ancien opportunisme dans les débuts de la Troisième République française, ces républicains dits modérés auxquels succédèrent ceux du Parti radical. La faiblesse des libéraux est qu’ils manquent d’un « spirituel » propre. Ils dépendent d’un spirituel d’emprunt, qui ne leur appartient pas (le Parti Québécois en est au fond le représentant autorisé), le pliant aux intérêts des gens d’affaires et des nantis. « La pensée d’un homme en place, c’est son traitement », disait Proudhon. Nous sommes ici au centre vivant de la puissance et de la vulnérabilité libérales, à l’origine de sa force et de sa faiblesse. De sa force, puisqu’un spirituel purement extérieur est plus facilement utilisable, moins imprévisible, plus malléable, plus docile. De sa faiblesse, car ce régime libéral, qui était par excellence celui du relativisme, d’une politique qui exclut la question de la vérité pour ne chercher qu’une tranquillité publique de surface, a accéléré la démoralisation et la délitescence sociales. N’oublions pas que « l’anarchiste frappe où le libéral désigne », comme disait Jacques Bainville. Il y a une solidarité de la décomposition. Quelques coins de rue seulement séparaient Jean Charest des carrés rouges (symbole emblématique, faut-il le rappeler, de la révolte étudiante du printemps 2012).

À droite
Le Québec est sorti divisé de cette élection, a-t-on noté. N’est-ce pas la modernité elle-même qui est dissociative ? De là l’écartèlement schizoïde entre l’atomisation et le collectivisme, l’individualisme apolitique et les « projets de société » volontaristes, le multiculturalisme whig et le laïcisme jacobin, les personnes séparées du bien commun et le bien commun séparé des personnes. Les libertariens et les socialistes partagent un univers mental dans lequel Narcisse est roi. La pensée libertarienne, dont l’abécédaire est facile à retenir, plaît aux animateurs de radio, aux hommes d’affaires et aux cégépiens; le socialisme séduit les étudiants d’université, les artistes, les fonctionnaires et les enfants. Mais tous les deux répondent à une même dissociation.

Gilles Baribeau, dans une lettre au Devoir, a comparé François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), à Mitt Romney. Les similarités entre eux proviennent d’une conjoncture historique analogue. Leur manque de charisme tient moins à leur personnalité qu’à la nature même de leur (prétendu) conservatisme. En fait, l’un et l’autre traduisent sans génie le refus du politique (en cela ils rejoignent les libertariens, même si ce ne sont pas des libertariens), et personnifient une volonté de dépolitisation et de neutralisation (pour reprendre le langage de Carl Schmitt) qui hante la droite. J’emploie l’expression de Schmitt, sans adhérer à l’ensemble de son interprétation. En gros, Schmitt, dans La Notion de politique, critique le libéralisme, sa négation du politique, sa défiance extrême envers le pouvoir (que le libéralisme dénigre systématiquement), son effort de neutralisation au profit de l’économie ou d’une espèce de morale pacifiste et relativiste (dont la conséquence est l’abolition de toute distinction entre amis et ennemis). Un Romney ou un Legault, encore plus que Jean Charest (plus près, malgré tout, d’une conception conventionnelle de la politique), tendent plus ou moins consciemment à radicaliser, au nom de l’économie et de la gestion, cette dépolitisation (ils voudraient substituer, comme le souhaitait le comte de Saint-Simon, « l’administration des choses au gouvernement des hommes »). Ce sont des businessmen et non des hommes politiques. Contre ce modèle libertarien, le véritable torysme propose un État qui n’est pas moralement neutre : « Rousseau et Burke, écrivait T.E. Utley, croyaient tous les deux que l’État existe pour promouvoir la vie bonne et pour défendre un ordre moral, mais Rousseau cherchait une autorité infaillible, investie d’un pouvoir tout puissant, alors que Burke, le chrétien et le conservateur, se contentait de faire avec ce qu’il avait. La différence essentielle entre eux est que Burke croyait au péché originel*. » On considère à tort que la morale nie la liberté. En réalité, elle en est la garante.

À gauche
La notion de politique, si riche, si complexe (je reprocherais à Schmitt de trop la simplifier), et qui nous définit en tant qu’humains (nous sommes des animaux politiques), est effacée par la « droite » libérale, alors qu’à gauche elle est falsifiée. Le Parti Québécois représente depuis sa fondation un spirituel républicain partiellement calqué sur celui de la Troisième République française, un exemple encore tout puissant pour l’intelligentsia québécoise de gauche ou de droite. Au fond, nos intellectuels sont incapables de penser la politique, et les liens du spirituel et du temporel, hors du paradigme jacobin français. Ceci explique pourquoi le PQ reste le parti de l’élite et de l’intelligentsia. Ceux qui le critiquent acceptent ses prémisses, sa métaphysique générale, sa vision du monde. On pourrait même soutenir que ce parti reste au pouvoir qu’il gouverne ou non. S’il ne contrôle pas toujours les rouages de l’État, il continue à incarner l’Église laïque.

Le PQ n’a jamais été le parti de la laïcité, puisqu’il fut celui du laïcisme. « Dans un pays catholique, une place évacuée par le clergé est automatiquement occupée par l’instituteur et le professeur », écrivait autrefois Albert Thibaudet. La différence est que le curé n’était pas au service de l’État, sauf par accident. Le professeur l’est presque toujours. La régression politique par excellence est la réunion du spirituel et du temporel dans les mêmes mains. Mais un pouvoir spirituel laïque aspire d’autant plus à tout régir, qu’en tant qu’Église immanente, il veut réaliser le salut terrestre sans tarder, ici et maintenant, son royaume étant uniquement de ce monde. L’ambition péquiste consistait moins à moderniser l’État qu’à élargir ses compétences et ses prérogatives pour qu’il devienne à la fois une autorité temporelle omnipotente et un guide spirituel infaillible. Ainsi s’établit au Québec une espèce de théocratie républicaine qui a grugé petit à petit les libertés des parents et effacé la religion de l’espace public. Aujourd’hui, le Parti Québécois tente de consommer l’absorption du pouvoir spirituel par les forces étatiques. Voilà l’objectif ultime de la Révolution tranquille. Voilà ce que représente la charte de la laïcité.

Le « droit de l’élite se définit par ce seul mot : instruire », écrivait le philosophe Alain, théoricien du radicalisme. L’élite péquiste enseigne. Elle enseigne depuis cinquante ans. Elle fut en cela aussi la concurrente victorieuse de l’Église. Elle a contribué, au nom de la raison pure, à désagréger l’autorité de haut en bas de l’échelle sociale. Pourtant la révolution pédagogique fut un désastre moral pour le Québec : « Vous allez former une jeunesse qui ne croira à rien, pas même à vous », a déclaré un orateur de la droite française en 1879. La jeunesse de 2012 ne croit plus en nos institutions. Elle se laisse exciter par des slogans puérils (faire payer les riches) et par les souhaits obscurantistes d’un moi verbeux et insatiable. Notre civilisation de professeurs finit ainsi dans un carré de sable rouge, dans une révolte « anarcho-bourgeoise » (j’emprunte le mot à Patrick Dionne), mélange d’intimidation et de pédanterie, sur fond de caprice, de pusillanimité et d’enfantillage, dans une utopie sommaire guettée par la faillite et le ridicule. Le régime péquiste actuel, par la faiblesse du chef, par la médiocrité des troupes, non content d’être le gouvernement le plus gauchiste de l’histoire du Québec, en est aussi le plus niais. Le 4 septembre, le Québec a baissé d’un cran.

La campagne électorale
Pendant quelques semaines, le public a reçu de l’ensemble des médias québécois – journaux, télévision, radio, Internet – un déluge d’informations, d’impressions, d’émotions, d’opinions et d’images. Que de paroles vaines, que de subterfuges pour dissimuler l’obsession ou l’idée fixe ! En définitive, l’esprit, débordé par ce gavage sonore et visuel, en retire-t-il un quelconque profit ? L’être humain surinformé n’en est-il pas venu à abdiquer pour s’abandonner à un état très simple, très primitif, qui ressemble assez au mutisme ? L’information purement anecdotique, résidus de phrases, de mots, d’allusions habituellement insignifiants mais autour desquels les uns et les autres glosent avec un apparent sérieux, stérilise la vie de l’intelligence.

Qui se surprend encore en campagne électorale des inévitables crises d’hystérie suivant une déclaration ou une intervention maladroites d’un candidat ou d’un personnage public ? Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, en a su quelque chose. On se souvient que Djemila Benhabib, candidate du Parti Québécois dans Trois-Rivières, a affirmé, pendant la campagne électorale, qu’il fallait enlever le crucifix de l’Assemblée nationale. Son chef Pauline Marois l’a toutefois contredite en défendant la présence du crucifix au Salon bleu. Par pragmatisme ? Probablement. Par électoralisme ? Certainement. Mais sûrement pas par xénophobie, comme l’ont écrit stupidement des chroniqueurs canadiens-anglais.

En somme, Mme Benhabib exprimait une position laïciste pure et dure assez populaire à gauche chez les Québécois de souche et dans l’électorat péquiste, et sa religion ou son origine ethnique avaient d’autant moins d’importance dans l’affaire que son idéologie « laïciste » est violemment combattue par l’islam. Les arguments du maire Jean Tremblay en réponse au système laïciste étaient un peu provinciaux, avouons-le : « Ce qui me choque, ce matin, c’est de voir que nous, les mous, les Canadiens français, on va se faire dicter comment se comporter, comment respecter notre culture par une personne qui arrive d’Algérie, et on n’est même pas capable de prononcer son nom », a-t-il déclaré lors d’une entrevue avec Paul Arcand. Le maire Tremblay a beau dépasser de cent coudées nos spécialistes du salut temporel, être toujours prêt à brûler ses vaisseaux pour ses convictions – alors que ses vis-à-vis, même quand ils ont raison, pensent bassement (c’est la définition même du bourgeois, selon Flaubert), surtout attentifs à leurs petites carrières et à leurs minables ambitions –, de bruyants hérauts ont tout de même profité de l’occasion en or de paraître « vertueux » à peu de frais. Les journalistes, chroniqueurs, éditorialistes et bavards en tous genres, aiment, comme les hyènes, à s’acharner en troupeau sur leur victime (lorsqu’elle n’est pas compensée et pour ainsi dire pondérée par une forte piété, l’agilité éristique et dialectique insensibilise). Au demeurant, sur le fond des choses, reconnaissons avec simplicité qu’une certaine dose de xénophobie est naturelle, sinon souhaitable. Faut-il admirer les peuples apparemment inaptes au chauvinisme, nettoyés des dernières traces d’opinion préconçue et de parti pris, pressés d’accueillir les étrangers des cinq continents et incapables, en somme, de soutenir le poids du moindre préjugé ? Aimer les autres peuples sans d’abord surmonter un fond de méfiance, n’est pas signe de santé. Ces attitudes angéliques, fades tartinades à la moraline qu’apprécient nos modernes tartuffes, dissimulent une intime corruption, quelque chose comme le désir de ne pas être, une veulerie ornée du masque « sublime » de l’amour. Il existe une tolérance qui est simple désagrégation mentale et morale, une forme de relativisme et d’indifférence à la vérité. Pourtant, l’espèce de difficulté qu’il y a chez un Canadien français traditionnel comme Jean Tremblay à sortir du fidéisme identitaire est significative. N’est-ce pas une des caractéristiques de nos traditions politiques canadiennes de ne pouvoir se résumer en deux mots ? Elles ont beau être encore vécues comme identité, instinct ou réflexe, surtout en régions, elles ne s’expriment plus dans l’espace public en tant que doctrines et qu’œuvres de la raison. Peut-être parce que, difficiles à énoncer, elles ne se laissent pas cerner facilement (comme tout ce qui est vivant). C’est pourquoi les terribles simplificateurs libertariens ou socialistes ne peuvent que les méconnaître, et ceux qui les portent en tant qu’héritage que les balbutier maladroitement. Cela explique également que la tradition se dégrade si souvent en « traditionalisme ». Le traditionalisme apparaît lorsque la tradition n’est plus vécue comme une nouveauté, mais comme une simple routine ou, pire encore, comme une idéologie.

Et les conservateurs ?
Les conservateurs traditionnels sont restés absents de cette élection. Est-ce parce qu’ils sont inadaptés à la modernité ? George Grant croyait – en accord avec Charles Péguy dans une autre tradition politique – que le conservatisme n’était pas compatible avec la technique. Oserai-je les contredire ? Quand le progrès devient-il symptôme de décomposition ? Lorsqu’il agit seul, sans contrepoids. Le corps d’un cadavre connaît pleinement ce qu’est le progrès « visible et accéléré » (l’expression est de Vladimir Soloviev). Les cadavres sont encore plus progressistes que nous. Le progrès n’est bienfaisant que modéré, tempéré, sinon retardé par des freins multiples, signe qu’il y a ajustement et non autodestruction, incarnation et non dissolution, inscription et non barbouillage, évolution et non débandade. Le vieux torysme est bien plus capable d’une telle adaptation que le jacobinisme – qui tend à tout stériliser – ou que le multiculturalisme – dans lequel tout se dissout. Notre monarchie fédérative répond au nationalisme et au multiculturalisme en gardant les deux bouts de la chaîne, sans perdre la raison ni l’héritage. Avant la Grande Guerre, Paul Claudel, moins « romantique » que Grant ou Péguy, a vu plus juste qu’eux : « Le fédéralisme est une forme beaucoup plus souple et plus moderne que l’unité révolutionnaire. Avec lui la France aurait pu prendre ou garder l’Alsace, le Luxembourg, la Belgique, la Catalogne. » Existe-t-il encore des fédéralistes au Canada ? La question se pose. Car le rationalisme politique, par sa nature même, ne reconnaît que l’unité révolutionnaire, symétrique, fruit d’une charte ou d’un pensum. Le spectre de Pierre Elliott Trudeau, l’unique politicien gauchiste d’importance qu’ait produit le Québec, hante l’intelligentsia canadienne. George Grant l’avait discerné : l’objectif de Trudeau, une espèce de cyclope supérieur, n’a jamais été la préservation du fédéralisme canadien, mais sa falsification pour qu’il devienne une simple étape vers l’État homogène et universel. N’est-ce pas finalement ce que réalise, dans les faits, le multiculturalisme ? Celui-ci est la forme terminale des civilisations, le vade-mecum d’une décréation morale, mentale, métaphysique. Les Canadiens anglais le professent avec naïveté et arrogance. Tant pis pour eux. Le « pluralisme », dont se gargarisent ces pauvres conservateurs canadiens-anglais, n’est que le masque présomptueux d’une homogénéisation extrême, un meilleur des mondes fade, pâle, douceâtre, insipide : ses bénéficiaires partageront tristement des succédanés de saucisses allemandes, de vin français, de sushi japonais, de couscous arabe en baragouinant une langue informe, schématique, approximative que l’on appellera par habitude ou par paresse l’anglais. Alors comment expliquer que cette tradition tory et catholique, qui convient plus que toutes les autres aux exigences de notre temps, semble politiquement inféconde ? Parce qu’elle est une sagesse et non une formule. Les idéologies se passent de racines. Ce sont des constructions abstraites. Mais une tradition politique et spirituelle véritablement inscrite dans le cœur des hommes croît peu à peu. « Rien de grand n’a eu de grands commencements », a écrit Joseph de Maistre. La sagesse politique tory et catholique s’enracine non dans le cerveau d’un (ou de plusieurs) intellectuel, ni dans le compte en banque de puissants groupes de pression, mais dans les mœurs de quelques familles. Opposons avec confiance à la suffisance rationaliste et au culte de Mammon des ennemis de notre passé monarchique et fédéraliste une affirmation singulière : ce qui est lié aux choses permanentes survit toujours, malgré les avancées du mal et de la mort, invisible et caché, œuvrant en silence pour le salut des nations. L’erreur est de trop prendre au sérieux les journaux et le babillage virtuel d’Internet. Notre vision du monde en est faussée. Et l’on oublie que l’espérance véritable ne se rattache pas à l’univers du calcul, mais à des réalités vivantes.

Les renaissances ne se programment pas à la façon d’un plan quinquennal marxiste ou d’une réforme administrative péquiste. Les traditions politiques se nourrissent d’abord de la vie des hommes. Chesterton et Le Play ne l’ignoraient pas : es libertés de la cité reposent sur les familles. Les mœurs qu’elles transmettent contribuent à les rendre prospères, proposant une espèce de programme portatif, reçu, vécu et appliqué par des êtres de chair, ébauchant une constitution politique archétypale à l’origine des institutions. La tradition est une démocratie dans laquelle les morts aussi ont le droit de vote.

* Cité par John Farthing, Freedom Wears a Crown, 2e édition, Bullsbrook, Veritas Pub., 1985. Merci à Gary Caldwell et à Rodney Leggett de m’avoir signalé cet ouvrage séminal du torysme canadien dont la première édition remonte à 1957. Il sera encore question dans les pages d’Égards de John Farthing (1897-1954), né en Ontario, mais qui a passé une partie de sa vie adulte à Montréal.

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