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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de 'société sans classes'.

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



ISRAËL ET LE QUÉBEC
par Jean Renaud
(Publié le 5 octobre 2006)


(Ce texte, paru dans le Devoir du 29 juillet 2006, est publié ici dans sa version intégrale).

Les réactions actuelles, au Québec, face à la guerre entre le Hezbollah et Israël sont pleines de leçons. Nos défauts nationaux s’y révèlent, comme sous un verre grossissant. Ces dernières semaines, on aura célébré complaisamment les « valeurs québécoises ». Tout le monde il est beau, tout le monde il est Québécois ! Tout le monde ? À quelques exceptions près, en particulier celles d’Israël et des États-Unis, puisque au nom de ces prétendues valeurs, on s’est autorisé à vomir sur les Israéliens et sur les Américains.
 
Car ce vertuisme puéril a ses côtés sombres.Dieudonné, l’homme du « Isra-Heil », est traité tel un demi-dieu chez nous (que le Québec branché en entier, Pierre Falardeau et Guy A. Lepage en tête, rit des blagues de ce sinistre antisémite est un signe accablant !) ; Amin Khadir, l’un des chefs incontestés de la gauche québécoise, avoue, sans se gêner, ne pas écarter « la théorie voulant que les attentats du 11 septembre aient été le résultat d’un vaste complot » (La Presse du 7 juin 2006) et, tandis que la haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, la Québécoise Louise Arbour, laisse entendre que les Israéliens sont des criminels de guerre, nos manifestants pro-Hezbollah pratiquent, dans les rues de Montréal, d’odieux amalgames. « Pire que les nazis », lisait-on sur une pancarte bilingue (en français et en arabe) ; « Israël a appris d’Hitler et l’élève a dépassé le maître », en disait une autre !
 
Cette guerre, en vérité, a ragaillardi le Québec gauchiste. Qu’est-ce que le gauchisme sinon ce qui reste de l’esprit révolutionnaire une fois supprimée l’ambition de comprendre la réalité ? Le gauchisme québécois est un nihilisme, une négation de l’Occident qui ne propose rien en retour que des solutions verbales et puériles. Sorte de marxisme intellectuellement débile et affectivement adolescent, il embrasse périodiquement, magnétisé par le sentimentalisme et le ressentiment (ses deux muses), des thèmes majusculaires et des fausses évidences : un jour, le protocole de Kyoto, habituellement enrichi d’un refrain antiaméricain, un autre, l’équité salariale, ridicule vache sacrée du national-syndicalisme, et toujours, leitmotivs de l’Inoccident gauchiste québécois, l’anticapitalisme, l’antiaméricanisme et, surtout – surtout ! – l’exécration d’Israël.
 
Comment expliquer notre haine de l’État hébreu ? Il y a une dimension religieuse. L’antisémitisme, ce crime contre la première personne de la Sainte Trinité, s’enracine dans une erreur théologique. Beaucoup de catholiques, pratiquants ou non, sont imprégnés d’une espèce de marcionisme inconscient. Cela est très frappant dans le clergé actuel et chez les catholiques de gauche. Ils opposent, sans même toujours le savoir, l’Ancien Testament (considéré violent et belliciste) au Nouveau (qui serait doux et pacifiste). Un reniement du Père est au cœur du mal québécois et le rejet de l’Ancien Testament ainsi que l’aversion envers Israël symbolisent cette haine du père, fondatrice de la société matriarcale québécoise née bien avant la Révolution tranquille, mais confortée par elle.
 
Les grands médias (de Radio-Canada à La Presse) témoignent éloquemment de l’interminable puberté politique d’une nation parricide. Dans une candide lettre ouverte (cf. Le Devoir du 22 juillet 2006), aussi enfantine qu’infantilisante, l’ex-Premier ministre Bernard Landry a conjuré Stephen Harper de se « concentrer sur la paix et de laisser à d’autres les attitudes agressives et simplistes qui ne correspondent pas à la vision de la nation québécoise dans la recherche de l’harmonie universelle. » Mais le comble de la niaiserie fut peut-être atteint par André Boisclair, le chef du Parti québécois, qui, dans une lettre remplie de fautes d’orthographe et de syntaxe envoyée à une famille de Montréal terriblement éprouvée par la guerre, s’est empressé « d’ajouter [sa] voix au concert de ceux qui réclament une fin immédiate des hostilités » (sic). « Les Québécois sont des gens de paix », soutient-il, après Landry et tant d’autres. Rien de plus sordide que la flatterie nationale. Non, ce n’est pas vrai, nous n’aimons pas la paix. Notre pacifisme est moins amour de la paix que haine de nous-mêmes, refus de notre identité occidentale et chrétienne. Le pélagianisme politique québécois s’enracine davantage dans la détestation de la liberté et de ce qu’elle exige que dans l’amour de la paix. Ne pas croire au mal, ce n’est point s’en protéger ! Nos pacifistes sont d’ores et déjà les fossoyeurs de nos libertés. La mentalité antimilitariste et gauchisante québécoise forge en définitive un outil idéal pour l’islamisme et ses sbires. « L’harmonie universelle » de Monsieur Landry, mantra défaitiste qui appelle sans le savoir l’instauration d’un État ami des terroristes et ennemi de la liberté, consiste précisément à se draper de bonnes intentions plutôt qu’à considérer la nature des choses et à scruter un réel indépendant de nous, susceptible de contredire nos sentiments et nos inclinations. Derrière l’angélisme exterminateur d’un Landry ou d’un Boisclair se dissimule un secret espoir, que l’on peut bien nommer, pour épater la galerie, volonté d’harmonie universelle, mais dont la nature véritable est ce désir inavoué d’esclavage propre aux sociétés désagrégées par l’anomie et par l’angoisse qui lui succède toujours. Le Québec fusionnel attire la barbarie avec le sourire béat de victimes pas tout à fait innocentes.
 
Le lien entre tolérance extatique et violence irrationnelle est aussi inaperçu qu’irréfutable. Je nomme loi du retour parodique, le fait que nous retrouvions fatalement ce que nous fuyions, mais en pire. La rançon de toute exaltation idéaliste est de finir dans le sang et la boue ; l’inclusion et l’indifférenciation extrêmes ouvrent la voie à l’enfermement autistique ; la prétention à l’amour pur mène à la haine pure ; le rationalisme engendre le subjectivisme ; le pacifisme amène la guerre totale ; la liberté illimitée conduit au despotisme ; le laïcisme nourrit le fondamentalisme ; chassez le christianisme et vous obtenez l’islam. Le fruit ultime du féminisme québécois ne sera-t-il pas, paradoxalement, le port obligatoire du voile ?
 
Cette société matriarcale qui se croit immunisée contre la violence augure le contraire de ce qu’elle pense prévenir. Le bouclier du Québec, sa muraille de Chine, sa ligne Maginot, c’est-à-dire son aveuglement politique abyssal, peut le protéger de tout, sauf de la réalité. Le rousseauisme politique de nos gauchistes, qui s’imagine établir le Paradis sur terre, sera étonné de sa récolte. Car le fond des choses, c’est un Québec sans amour parce que « libéré », pour son plus grand malheur, des obligations que l’amour comporte et qui lui procurent dignité, valeur et fécondité : le faux sublime de nos clercs a beau singer l’amour, il est essentiellement constitué d’indiscipline morale, mentale, intellectuelle et de ressentiment. À rebours, il nous faut fonder notre réflexion politique sur l’éternelle condition humaine, à laquelle nous sommes cloués, comme le Christ sur la croix, et dont nous ne nous évadons jamais que par en bas. Qui veut faire l’ange fait la bête.
 
Israël est un rempart. Le soldat israélien, au péril de sa vie, préserve nos libertés. Ce petit État, qui n’est pas sans faute (je crois, avec Daniel Pipes et Guy Millière, qu’il a eu tort au cours de la dernière décennie de ne pas suffisamment se faire craindre par ses ennemis), défend avec héroïsme les principes éternels de la civilisation. Et nous, ne sommes-nous pas les enfants ingrats de Jérusalem ? Le Québec appartient-il encore à l’Occident ? La question mérite d’être posée pour nous comme pour l’ensemble de l’Europe de l’Ouest. La mise au ban d’Israël par nos élites manifeste, ici même au Québec, une trahison fondamentale de l’esprit occidental. En choisissant de facto le Hezbollah, l’élite québécoise, bêtifiée autant que bêtifiante, s’est placée aux côtés des ennemis de la civilisation. Les Québécois, qui ne s’agenouillent plus devant Dieu, sont visiblement prêts à s’écraser devant les terroristes. Cette propension à inviter, à cajoler, à soutenir et à flatter les égorgeurs nous prépare, à moins d’un sérieux coup de barre que rien n’annonce, un avenir proprement désastreux. Nulle part en Amérique, un renouvellement des élites n’est plus urgent qu’au Québec.
(...)
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Élection de Benoît XVI



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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010