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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de 'société sans classes'.

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



VERS UN MOUVEMENT D’ACTION CONSERVATRICE TRADITIONNELLE
par Richard Décarie
(Publié dans le numéro 25 d'ÉGARDS le 5 novembre 2009)


Pour conclure ce dossier, nulle réflexion ne convenait davantage que celle d’un praticien politique. Riche de plus de quinze ans d’expérience en tant que conseiller stratégique – notamment auprès de personnalités aussi importantes que Daniel Johnson fils, Lucien Bouchard et Stephen Harper –, Richard Décarie, en se joignant à la Coalition pour la liberté en éducation, a permis à la cause de la liberté scolaire d’atteindre une visibilité sans précédent. Occupé, depuis quelques années, à mettre sur pied un mouvement conservateur au Québec, il n’ignore pas que les libertés locales – tant économiques que politiques – contribuent à l’apprentissage et à l’incarnation du bien commun et que l’ensemble de nos institutions dépend de la santé morale et physique de l’institution par excellence : la famille. Espérons que Richard Décarie nous offre au cours des prochains mois un abrégé d’une doctrine politique née de ses réflexions et du contact permanent que cet homme de terrain a gardé avec les choses. Notre temps méconnaît la nature concrète de la sagesse politique. Toute sagesse authentique se fait chair. Sinon elle se dégrade en savoir abstrait et se réduit à des formules creuses. Dans la connaissance par

Jean Renaud

connaturalité, comme disent les Anciens, en ce processus mystérieux (parce que vivant) où les puissances intellectuelles et volontaires s’enveloppent et se renforcent mutuellement, ce qui est caché à la raison est deviné et élu par le cœur. Richard Décarie, par son instinct, son bon sens, sa force de caractère, sa prestance naturelle, possède l’étoffe d’une véritable autorité sociale, d’un leader lucide et sûr, au service du bien commun plutôt qu’à la remorque des experts et de leurs fantasques calculs.

Né quelques semaines après le décès de Maurice Duplessis, détenteur d’une maîtrise en éthique « athée », je suis un « pur produit » du libéralisme. Néanmoins, j’ai finalement compris par l’absurde et par une multitude d’essais-erreurs, que la société civile devait conserver sa préséance sur l’État et que la civilisation occidentale existe grâce au christianisme et ne saurait survivre sans lui.

Un matin de février 1992, j’ai eu l’inspiration de frapper à la porte du député local (un certain Daniel Johnson fils) pour tenter de comprendre ce mystérieux monde partisan qui ne fait jamais ce qu’il prône publiquement ! Rappelons-nous qu’à cette époque, le fervent catholique (libéral) que fut Claude Ryan, était la figure de proue d’un gouvernement qui avalisait l’avortement ; pour ma conscience catholique, c’était plus que paradoxal, c’était carrément insensé.

À la suite du succès de la campagne au leadership de Daniel Johnson, j’ai été propulsé aux premières loges de l’« appareil gouvernemental » et j’ai rapidement compris que, pour y « survivre », il fallait respecter une morale antichrétienne invisible. J’ai finalement quitté le cabinet du premier ministre Johnson et rencontré le jeune Mario Dumont qui souhaitait fonder une troisième voie et, à terme, un nouveau parti politique. Je ne l’ai pas suivi et j’ai plutôt opté pour l’action concrète au sein du gouvernement du Parti Québécois, car je pressentais l’arrivée de Lucien Bouchard. J’y ai alors découvert des racines nationalistes catholiques embourbées dans les méandres socialistes de ce parti. C’est alors que j’ai compris qu’aucun compromis libéral n’était politiquement possible et qu’il fallait donc relancer un mouvement véritablement conservateur au Québec. En 2003, un certain Stephen Harper, alerté par des amis qui connaissaient mes aspirations à changer la « donne politique », m’a demandé d’organiser sa campagne au leadership au Québec.

Je représente dès lors un paradoxe politique vivant : un conseiller stratégique du premier ministre Daniel Johnson fils – le plus conservateur des libéraux provinciaux d’alors –, qui devient conseiller stratégique du gouvernement de Lucien Bouchard – le plus conservateur des péquistes d’alors –, qui organise la campagne québécoise de Stephen Harper – le plus conservateur des conservateurs d’alors –, pour finalement en devenir directeur adjoint de cabinet. J’ai dû quitter le trop progressiste conservateur Stephen Harper juste avant l’élection gagnante de janvier 2006. La raison ? L’indispensable intégrité et cohérence politique ! Je crois effectivement – naïvement diront certains – qu’un politicien chrétien a le devoir moral de dire la vérité. Ainsi, en politique comme dans la vie, il y a « ce qui est droit » et ce qui ne l’est pas. Voilà pourquoi la « contre-Révolution tranquille » sera morale ou ne sera pas.

En septembre 2008, l’imposition obligatoire du cours d’éthique et de culture religieuse, de la première année du niveau primaire à la cinquième année du niveau secondaire, m’a solidement interpellé en tant que parent et j’ai alors spontanément joint la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ) à titre de porte-parole. Véritable mouvement citoyen, les manifestations de Montréal et de Drummondville – sans compter celles de Québec, de l’Estrie, de la Beauce, du Saguenay, et de l’Outaouais – ont attiré jusqu’à 2 500 personnes et suscité un intérêt médiatique certain. Comme l’écrivait récemment Jean Renaud, « demandez-vous un instant ce qu’il faut de courage, sinon d’héroïsme, chez les parents pour s’opposer à la volonté de l’État, au risque de pénaliser leurs enfants ! »

Il m’apparaissait nécessaire de dénoncer le projet étatiste explicite d’abolir l’autorité morale des parents sur leurs enfants et de créer une « confusion créatrice » chez les jeunes afin qu’ils rejettent la culture traditionnelle de leurs ancêtres. À la suite du coup d’éclat intuitif d’Hérouxville en vue de la défense de l’identité culturelle québécoise, l’État a imposé la censure pluraliste d’une commission du raccommodement dit raisonnable. La stratégie des « professeurs-experts » Bouchard et Taylor fut de réduire l’opposition populaire à une simple incompréhension.

Comme le précise Joëlle Quérin, une « stratégie mise en place par les pluralistes pour imposer leur point de vue, est celle de la réduction du débat à la seule question des limites de l’accommodement raisonnable. » Elle ajoute qu’« en faisant des "droits de la personne" une "valeur en soi", supérieure à toutes les autres au point d’être la seule qui mérite d’être transmise par l’école, c’est finalement le multiculturalisme qui est posé comme philosophie générale devant être au cœur de l’école québécoise. » Ainsi, à l’instar de l’imposition obligatoire du cours ÉCR dans un « dialogue de sourds », le rapport Bouchard-Taylor n’est en fait que l’aboutissement d’un travail systématique de censure à l’encontre de l’éducation chrétienne et catholique amorcé au Québec avec la Révolution tranquille.

Selon Alain Crevier, « certains croyaient [que les catholiques] s’étaient effacés. Emportés par une timidité foudroyante. D’autres ont cru que, comme toutes ces églises qu’on ferme, ils étaient tombés dans la marge. Quantité négligeable. Comme s’ils n’étaient plus là. Exit ! Eh bien… erreur. Les catholiques sont de retour ! » Il ajoutait avoir « remarqué, notamment, que dans tous les messages reçus ces derniers mois, il y a par moment, des bouts de phrases qui reviennent. Des idées communes. Comme si un réseau s’était passé le mot. » Cette perception est tout à l’honneur de la CLÉ qui, en quelques années à peine, a regroupé des forces vives citoyennes soucieuses de recouvrer et préserver leurs droits, des droits enracinés dans la loi naturelle. Toutefois, l’offensive d’un État qui vise le déracinement culturel requiert plus que des manifestations de désaccord de la part des citoyens, elle nécessite surtout une action politique positive en faveur des traditions culturelles et politiques des Québécois.

Conscient que la nature a horreur du vide, l’État a préféré au laïcisme français, l’endoctrinement panthéiste pluraliste afin de mieux discréditer la religion chrétienne et sa mission civilisatrice. Soulignons l’importance et l’urgence de redonner leur légitimité aux institutions fondatrices de notre civilisation occidentale, systématiquement démantelées par plus d’un demi-siècle de libéralisme. Nous avons le devoir de persévérer en ce sens. À mon humble avis, l’affaire d’Hérouxville, les audiences itinérantes de la commission Bouchard-Taylor et les récentes actions de la CLÉ annoncent l’avènement d’un mouvement politique d’action conservatrice traditionnelle au Québec. Au moment d’écrire ces lignes, le jugement de la Cour supérieure du Québec de Drummondville pour le libre choix des parents et des enseignants a été rendu et les droits des parents ont été bafoués. Je crois qu’après ce jugement – et ce qu’il soit porté en appel ou non –, seule une action politique adroite incarnera la volonté de respecter la liberté de conscience et de religion exprimée par plus de 75 % des Québécois.

En tant que pionniers du retour conservateur au sein de l’espace public québécois, nous devons dénoncer la « République des professeurs » qui institue la prépondérance de l’expert sur la famille et la ferveur laïciste de l’élite québécoise qui vise à épurer le domaine public de tout symbole chrétien, particulièrement catholique. En tant que conservateurs, c’est-à-dire selon les termes de Jean Renaud, en tant que citoyens à la fois pieux et loyaux, prêts à défendre la tradition dans l’espace public, il faut créer un mouvement politique incontournable afin de contribuer à la rééducation des plus vieux et à l’éducation des plus jeunes, pour qu’ils prennent conscience de la richesse de notre tradition chrétienne. Répétons, après Olivier Clément, qu’« il s’agit d’affirmer les sources inépuisables de la Tradition ».

Parmi les principes généraux d’un futur mouvement conservateur traditionnel, notons la prépondérance sociale de la famille sur l’individu et sur l’État, l’autorité des parents sur les enfants, l’indépendance des citoyens qui s’impliquent publiquement face à l’État, la réhabilitation des institutions traditionnelles contre un État omniscient, la réintégration de la religion chrétienne en éducation. Dans ce combat, nous aurons besoin d’une intelligentsia conservatrice capable de s’opposer à l’intelligentsia libérale sur le terrain même de la discussion, car nous ne pouvons nous contenter d’intuitions : rien n’est possible sans une culture conservatrice solide sur le plan doctrinal.

Au sein d’un système parlementaire de tradition britannique – qui par définition affame la « troisième voie » –, l’Action démocratique du Québec (ADQ) constitue un parti qui se cherche un chef, une mission, un avenir, et qui est sans direction, sans stratégie, sans programme. C’est un navire sans gouvernail qui n’a pas encore réussi à établir une plateforme politique clairement différente du Parti Québécois (PQ) et du Parti libéral du Québec (PLQ). L’opposition au libéralisme – qualifié de centre gauche – ne peut ainsi qu’être conservatrice et traditionnelle – dite de « droite ». Malheureusement, depuis près de cinquante ans, le conservatisme a mauvaise presse au Québec. Le champ est donc libre au libéralisme et à la hargne des socialistes utopistes. Pour comprendre et diffuser les principes du conservatisme, il est essentiel d’unir les forces vives antilibérales sans craindre des controverses inévitables à tout positionnement politique considéré de « droite ». Ce qui est appelé à grandir commence toujours modestement. Nous lançons sur une terre apparemment ingrate des germes qui croîtront avec le temps, arrosés de notre sueur et surtout protégés par la bonté et la miséricorde d’un Dieu infiniment attentif au destin des cités.

(...)

Lisez la suite dans le numéro 25 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010