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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de 'société sans classes'.

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



RESTAURATIONS – ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES V
L’avenir de l’intelligentsia (Renan, Tolstoï et le cours ÉCR)

par Jean Renaud
(Publié dans le numéro 24 d'ÉGARDS le 21 juin 2009)


(...)
À la fin de sa vie, en 1899, Vladimir Soloviev a écrit un chef-d’œuvre toujours méconnu Trois entretiens sur la guerre, la morale et la religion, qui est suivi d’un court récit sur l’Antéchrist. Les entretiens se passent entre quatre personnages : un général, un homme politique, un prince tolstoïen et, celui qui représente Soloviev lui-même, Monsieur Z.
 
L’homme politique, un incroyant, se permet un bel éloge de la politesse. Je dirais pour ma part que politesse et politique ont pour fin de prévenir le dévoilement des cœurs. Le célèbre docteur Samuel Johnson, grand ami d’Edmund Burke, n’aimait pas le mot civilisation et lui préférait civility, le mot propre selon lui pour décrire un ordre social policé. « Civility » dans son usage traditionnel comporte l’idée de citoyenneté, mais aussi de bonne éducation, de politesse, d’urbanité, de courtoisie. La politique n’est pas sans lien avec labienséance et le bon goût. Certains de nos nationalistes ressemblent à ces slavophiles du XIXe siècle russe critiqués par Alain Besançon dans Les origines intellectuelles du léninisme : ils veulent remplacer « le droit par l’amour » et « la pensée par le sentiment ». Pour le philosophe thomiste Charles De Koninck, qui rejoint ici par déduction et analyse philosophique certaines des conclusions auxquelles le sociologue Gary Caldwell a abouti par observation directe et par induction : « Subordonner le bien de la société civile au bien de la nation, c’est subordonner la raison à la nature. » Et c’est verser, ajoute-t-il, dans le nationalisme irrationnel et volontariste des Discours à la nation allemande de Fichte. Si le « bien commun de la société civile demande que soient respectés les caractères propres de la nation », notre identité, en tant que donnée naturelle, est un « principe intrinsèque d’opération » plutôt qu’un but. La nation n’a pas pour finalité propre son épanouissement. Celui-ci « reste dans l’ordre des dispositions et des moyens ». En réalité, « le bien de la société civile est plus divin que celui de la nation** ». L’obsession de l’épanouissement national vaut celle de l’émancipation personnelle. Une foi patriotique ordonnée à la satisfaction et à la célébration de traits nationaux érigés en fin ne convient qu’aux sensibilités indisciplinées des foules et des enfants. Elle nous ramène au degré zéro de la politique.
 
La régression nationaliste vers l’émotionnel a préparé le terrain à l’idéologie, aux ânonnements tyranniques d’une raison au service du moi. Mais le droit nous protège des cœurs mis à nu, des larves qui grouillent au fond des êtres et qu’aucune civilisation ne détruit, qu’elle retient à peine, et qui attendent le moment d’envahir la cité avec exaltation et fureur.
 
La faiblesse de l’homme politique imaginé par Soloviev est d’être un libéral. Le libéralisme moderne peut avoir horreur du nihilisme, il n’en est pas moins incapable de le réfuter en profondeur. Il en est une version adoucie. Le relativisme est le poison du droit. Avec Leo Strauss, il faut rappeler que la pensée libérale reste « impuissante à disqualifier la négation de ses propres valeurs ».
 
Pour le Prince tolstoïen, la guerre est « le mal extrême et absolu dont l’humanité doit infailliblement et même tout de suite s’affranchir » et l’« abolition de ce cannibalisme serait, dans tous les cas, le triomphe de la raison et du bien » (p. 13-14). Le Général répond au pacifisme du Prince en évoquant la seule circonstance où il eut la certitude de bien agir, et ce fut celle où il tua, en l’espace de quinze minutes, plus de mille hommes (p. 28) pour venger un cruel massacre d’Arméniens perpétré, au cours de la guerre russo-turque de 1877-1878, par ces terribles cavaliers mercenaires de l’armée turque nommés bachi-bouzouks.


** Charles De Koninck, De la primauté du bien commun contre les personnalistes, suivi de Le principe de l’ordre nouveau, Québec, Éditions de l’Université Laval, 1943, p. 126 et 128.
(...)

Lisez la suite dans le numéro 24 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010