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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de 'société sans classes'.

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



ICI ON LIQUIDE LA MÉMOIRE DES GRANDS HOMMES
par Patrick Dionne, Directeur-adjoint à la rédaction
(Publié le 19 juin 2009)


Le Canada est le paradis de l’homme d’affaires,
c’est l’enfer de l’homme de lettres.
Jules Fournier

Le Canada, paradis de l’homme d’affaires ! Qui songerait à le contester, sinon un vieux garçon revêche ou un blagueur invétéré ? Une nouvelle preuve nous en est donnée avec l’annonce du démantèlement du Centre de recherche Lionel-Groulx (CRLG) et du transfert de ses fonds d’archives à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Car ce sont des motifs strictement financiers, nous assure-t-on, des raisons d’affaires, qui sont à l’origine de cette décision. De petites angoisses de comptables, rien de plus. Mais ces petites angoisses ont énervé les gestionnaires de la Fondation Lionel-Groulx (FLG), qui ne voient pas d’autre issue que de s’en remettre à l’État, solution miracle à tous les problèmes de la société québécoise depuis quarante ans. Cette mentalité d’assisté est le symptôme le plus éloquent d’une démission généralisée. Mais quand elle s’accouple avec la mentalité de comptable, le pire est à craindre. En témoigne ce mot définitif de Claude Béland, président du conseil d’administration de la FLG et « grand humaniste du monde financier », prononcé lors des délibérations concernant l’avenir du CRLG : « Groulx a peut-être donné sa maison et ses archives, mais pas l’argent qui va avec. » Ces paroles chevaleresques révèlent une hauteur de vue peu commune. Et au fond, tout tient à cette phrase. Car quelle importance peut bien revêtir aux yeux d’un homme aussi spirituel la paperasse d’un vieil historien catholique ? Qu’a-t-il à faire du souffle originel qui donna naissance à cette belle institution, des vues profondes et des espérances de son inspirateur, du dévouement exceptionnel de Juliette Lalonde-Rémillard à l’édification de l’œuvre – car c’est une œuvre –, des études historiques d’envergure nées ou peaufinées au CRLG, de la confiance que les donateurs ont manifestée au Centre en cédant leurs archives personnelles ? Qu’importe tout ça à un homme comme Claude Béland ? On le devine trop bien, hélas !

Monsieur Béland est un gestionnaire, certes, et non pas un homme de lettres. Mais c’est un chercheur, à sa façon. Son rôle, à la Fondation, n’est-il pas précisément de trouver et de convaincre des portefeuilles nantis de venir en aide au CRLG, de devenir ce qu’on appelait jadis des mécènes ? Car ce dont a besoin le CRLG, c’est de mécènes : c’est grâce à eux qu’il est né, s’est développé et a survécu jusqu’à aujourd’hui. Toute civilisation s’édifie grâce au mécénat, qui n’a rien à voir avec la philanthropie, cette combine de fiscalistes intéressés. Mais Claude Béland et les administrateurs de la FLG ont été incapables de trouver des mécènes (et non des investisseurs, car le CRLG n’est pas un Canadian Tire – dois-je le leur rappeler ?) avant que la débâcle ne survienne, avant que la fermeture du CRLG n’apparaisse comme l’unique solution. Comment des gestionnaires soi-disant compétents ont-ils pu échouer aussi lamentablement, et aussi vite, demeure énigmatique.

Tout cela manque absolument de grandeur. Mais rien n’égale en bassesse l’attitude générale des administrateurs de la FLG, qui se permettent de bafouer l’honneur de Lionel Groulx de la manière la plus éhontée – sous son propre toit ! « Mon cher abbé, semblent-ils dire, vous ne faites plus vos frais, vous devez fermer boutique. » Faire ses frais ! « Cela n’a rien à voir avec l’honneur », répondront-ils de leur air le plus contrit. Mais ce beau mot d’honneur signifie-t-il quoi que ce soit pour des technocrates obnubilés par l’utile, pour qui une paire de bottes ou un bidon de pétrole valent plus que Shakespeare ? Rien n’est moins sûr. Lionel Groulx, mauvais payeur ! Une fois encore, la rhétorique petite-bourgeoise du boutiquier, la « morale de comptoir », comme l’appelait Baudelaire, aura supplanté le sens de l’honneur et de la gratitude.

Si le CRLG se dépouille de tous ses fonds d’archives, quelle sera donc sa fonction, ou pour employer un mot que Lionel Groulx affectionnait, quelle sera sa mission ? Faire « la promotion de l’enseignement de l’histoire », comme l’affirmait le directeur du CRLG, Philippe Bernard, dans le Devoir du 10 juin dernier ? Soyons sérieux. Quelle histoire promouvra-t-on sans archives, sans livres, sans revues, sans chercheurs, dans une maison vide ? Et qu’adviendra-t-il de la riche bibliothèque personnelle du chanoine que plusieurs chercheurs, dont moi-même, ont épluchée pendant des années ? Qu’adviendra-t-il de l’édition critique de la correspondance de Groulx, longtemps parrainée par la FLG ? Qu’adviendra-t-il du Centre lui-même, ce bel édifice, ancien lieu de résidence de Groulx où sont encore conservés maints objets lui ayant appartenu ? Le conseil d’administration de la FLG saura-t-il motiver ses décisions sur autre chose que des considérations financières ? Si la réponse s’avère négative, Monsieur Béland n’aura plus qu’à faire voter l’installation d’une nouvelle plaque commémorative, à l’entrée du 261 Bloomfield. Ce sera une jolie plaque consacrant le triomphe des hommes d’affaires sur les hommes de lettres, sur laquelle on pourra lire : Ici on liquide la mémoire des grands hommes. (...)
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010