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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de 'société sans classes'.

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES : LE PÈRE NEUHAUS (1936-2008) ET LA LEVÉE DES EXCOMMUNICATIONS suivis de LE COURS ÉCR, NOS ÉVÊQUES, LE HAMAS ET L’ABBÉ RAYMOND GRAVEL
par Luc Gagnon et Jean Renaud
(Publié dans le numéro 23 d'ÉGARDS le 21 mars 2009)


Luc Gagnon,En pèlerinage à Manhattan : ma dernière rencontre avec le Père Neuhaus (1936-2008)
 
Je connaissais le Père Richard John Neuhaus depuis plusieurs années et il fut assurément une source d’inspiration lors de la fondation de la revue Égards en 2003. Je lui présentai alors le premier numéro de la revue dans son appartement de Manhattan, situé dans une sorte d’immeuble-ermitage urbain, lors d’un dîner en compagnie du Cardinal Avery Dulles, SJ, récemment décédé en décembre 2008. Le Père Neuhaus ne pouvait pas bien lire le français contrairement au Cardinal Dulles, son ami et son mentor. Ils furent cependant tous les deux heureux d’apprendre la fondation d’une revue d’esprit conservateur au Québec, province malmenée par un laïcisme destructeur.
 
La sécularisation accélérée et totalitaire du Québec constituait le contraire de l’idéal d’un État démocratique moderne pour le Père Neuhaus, lui qui s’était battu depuis ses débuts comme pasteur luthérien pour une place légitime du christianisme dans l’espace public américain, dans le « public square » (titre de sa section fort appréciée qu’il a tenue mensuellement dans First Things durant plus de 18 ans avec une fidélité d’airain). Ce fut sûrement son combat principal de pasteur et ensuite de prêtre catholique romain : donner au christianisme toute la place à laquelle il a droit dans l’espace public. C’est probablement ce qu’il admirait le plus chez son autre mentor le Cardinal John O’Connor, archevêque de New York, qui l’avait reçu dans l’Église catholique romaine en 1990 avant de l’ordonner prêtre un an plus tard : son implication dans la cité, entre autres pour la défense courageuse du droit sacré à la vie pour tout être humain.
(...)
 
Luc Gagnon, La levée des excommunications : vers la réconciliation (texte intégral)
 
Les chrétiens lucides ont reçu avec joie l’annonce par le Vatican le 24 janvier dernier, durant la semaine de l’unité des chrétiens, de la levée des excommunications qui ont frappé en 1988 les quatre évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X à la suite de leur sacre illicite par Mgr Marcel Lefebvre. Cela ne veut aucunement dire que la fraternité traditionaliste, qui compte environ 500 prêtres, est réconciliée avec l’Église catholique romaine, mais cet acte de bénignité du Pape Benoît XVI constitue une autre étape vers la réparation de la rupture de 1988.
 
Le Pape Benoît XVI a maintenant rempli les deux conditions pour commencer les discussions vers une réintégration de la fraternité dans l’Église universelle : la première était la libre célébration de la messe traditionnelle dans l’Église latine, ce qui fut cordialement concédé par le motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007.
 
Il ne faudrait pas que ces discussions soient de nature doctrinale comme le voudraient certains maximalistes de la FSSPX. Le Pape n’a pas à se « convertir » ou à renier des éléments du Concile Vatican II pour que la fraternité réintègre l’Église. Il faut s’entendre sur une reconnaissance du Concile Vatican II comme acte authentique du magistère qui doit être interprété à la lumière de la Tradition de l’Église selon la clef herméneutique présentée par le Pape Benoît XVI lors de son discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005. Après la réintégration, peut-être au sein d’une prélature personnelle de rite traditionnel, la FSSPX et ses prêtres pourront continuer les débats sur les quaestiones disputatae liées au Concile Vatican II comme la liberté religieuse, l’œcuménisme, les relations avec les autres religions, la collégialité épiscopale et la réforme liturgique. Il y a toujours eu des débats dans l’Église, mais ça ne justifie en rien la rupture avec la communio catholica et le mépris du magistère de la hiérarchie et du souverain pontife régnant.
 
Mgr Lefebvre, dans ses vaillants combats, a toujours demandé au Saint-Siège la « liberté de faire la Tradition ». C’est ce que permet aujourd’hui généreusement et cordialement Benoît XVI à la Fraternité Saint-Pie X : qu’elle ne rate pas cette opportunité historique. L’Institut du Bon Pasteur, formé d’illustres prêtres anciennement membres de la FSSPX comme l’abbé Aulagnier et l’abbé Laguérie, ont d’ailleurs tracé la voie dès 2006 dans une parfaite réconciliation avec la participation paternelle du Cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux.
 
C’est maintenant à la FSSPX de montrer le sérieux de sa volonté de se réconcilier. Le Souverain Pontife a montré toute sa bienveillance. Il est loin d’être certain qu’un futur pape pourrait aller aussi loin dans sa compréhension théologique et psychologique du groupe traditionaliste. Benoît XVI veut cette réconciliation par charité chrétienne, pour l’unité de l’Église, en reconnaissant bien l’injustice subie par les fidèles traditionalistes, mais également pour démontrer l’importance de la continuité doctrinale et liturgique au passage de Vatican II. Les modernistes postconciliaires ont insisté sur la rupture conciliaire pour l’exalter alors que les membres de la FSSPX ont posé le même diagnostic de rupture pour la condamner. Benoît XVI considère qu’il faut maintenant revoir le Concile dans un esprit de continuité tout en concevant une possible évolution organique de certaines doctrines, surtout périphériques et mixtes, ou de certaines pratiques. Il faut faire cette œuvre au-delà des déchirures de l’unité chrétienne in charitate et veritate.
 
L’affaire Williamson n’est qu’une diversion par rapport à la question fondamentale de la réconciliation. Il faut rappeler que Mgr Richard Williamson n’a aucune fonction dans l’Église catholique romaine et que Benoît XVI n’a en aucune façon participé à sa sélection comme évêque : c’est Mgr Marcel Lefebvre qui a fait ce choix en 1988 et qui a procédé au sacre épiscopal contre la volonté formelle du Saint-Siège. Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la FSSPX, l’abbé Franz Schmidberger, supérieur du district d’Allemagne de la FSSPX, et l’abbé Christian Bouchacourt, supérieur du district de l’Argentine de la FSSPX, ont rapidement condamné Williamson, ce qui manifeste la volonté des dirigeants traditionalistes d’aller vers une réconciliation ou, à tout le moins, de ne pas déraper dans une voie sectaire. La déclaration négationniste de Mgr Williamson sera finalement peut-être providentielle puisqu’elle le marginalise au sein de la FSSPX alors qu’il était connu comme un des principaux opposants à la réconciliation.
 
Jean Renaud, Le cours ÉCR, nos évêques, le Hamas et l’abbé Raymond Gravel
 
(...) Face à ce péril, l’intelligence québécoise, qui ne cesse de régresser vers l’émotionnel et l’infantilisme, ne démontre que complaisance et aveuglement. Les chroniques de l’abbé Gravel pendant l’intervention militaire israélienne dans la bande de Gaza l’ont illustré avec un brio involontaire : « (...) de quel côté sont les terroristes », s’interroge l’ex-député du Bloc (Journal de Montréal du 9 janvier 2009). Le 15 janvier 2009, il écrit dans le même journal que le Hezbollah et le Hamas « sont déclarés terroristes, selon la définition qu’en ont donnée les Occidentaux ». Les terroristes ne sont plus des terroristes, mais des victimes de l’Occident et « du colonialisme sauvage à l’américaine » (sic) des Israéliens. « Et on se demande pourquoi le Hamas lance des roquettes sur le sud d’Israël ? Que ferions-nous à leur place ? »
 
« (...) peut-on se demander ce qui pousse un être humain à se transformer en bombe pour détruire d’autres êtres humains ? Se peut-il qu’un changement de comportement radical s’impose en Occident ? » Je les aime, donc ils m’aimeront. Je ne leur veux aucun mal, donc ils ne me voudront aucun mal. Je suis gentil avec eux, donc ils le seront avec moi. Et si le changement de « comportement radical » ne modifiait pas le comportement radical de celui que je n’ose plus appeler mon ennemi en vertu d’une pétition de principe infondée ? Le pacifisme, loin de protéger contre « la montée aux extrêmes » (Clausewitz), l’accélère au contraire. La guerre retardée annonce la guerre déchaînée. Le pacifisme islamophile d’un abbé Gravel vaut le pacifisme germanophile et briandiste d’un Marcel Déat. Lorsqu’Aristide Briand mit la guerre hors-la-loi (le pacte Briand-Kellogg fut signé le 27 août 1928 à Paris par 15 nations, pacte dont se servit l’Allemagne, qui en était l’un des signataires, pour exiger l’évacuation de la Rhénanie), Hitler se préparait à prendre le pouvoir.
 
Mais le Hamas est élu démocratiquement, nous explique l’abbé. Ignore-t-il qu’un suffrage universel qui n’est pas pondéré par ce que Raymond Aron nomme des « règles constitutionnelles » risque de conduire à la démesure et à l’hystérie collectives, à la négation de ces droits et de ces libertés civiles qui normalement encadrent l’exercice du droit de vote et souvent le précèdent ? La Grande-Bretagne, par exemple, où une garantie fondamentale comme la loi de l’habeas corpus date du XVIIe siècle (une loi elle-même enracinée dans un vieux droit coutumier remontant jusqu’au Moyen Âge), a pratiqué un suffrage censitaire jusqu’au XIXe siècle. L’amalgame du suffrage universel avec le nationalisme et l’intégrisme est explosif (Hitler a été élu par le peuple allemand). Non seulement la Charte du Hamas contredit des libertés politiques essentielles, mais elle remet en question l’existence même d’Israël. La politique du tout ou rien du Hamas n’est pas une politique, c’est une mystique nihiliste qui, au nom d’un Dieu-tyran, veut l’anéantissement de l’État hébreu. Israël, une nation admirable à tous égards, a le droit de répondre à ce viva la muerte islamiste par un usage raisonné de la force.
 
Lorsque la guerre est exclue, la paix ne saurait exister. Elle devient une coquille vide, sans valeur, sans dignité, sans justice. La tentation libérale et relativiste est de sacrifier la vérité à la paix. Le choix ultime pourtant n’est pas entre la paix et la guerre, il est entre le guerrier civilisé et le pillard sanguinaire, entre le soldat et le terroriste, entre le protecteur et le destructeur, entre le Tsahal et le Hamas, entre le combattant soumis aux mesures de la raison et le jouet de la démesure, du désespoir et de la haine, entre la violence réglée sur le droit et celle sans borne soumise à l’humeur et au goût du néant.
 
Un monde d’hommes-femmes plaintifs, pleurnichards, narcissiques, consommateurs débridés de thérapies, à la remorque des psychologues et des médecins, manipulables à loisir, produits d’un ministère de l’Éducation qui moule hommes et femmes sur le même modèle, ne sait plus se défendre contre le mal : « Supprimez les vertus militaires et toute la société civile s’écroule ». Le mot est d’un pacifiste indolent et cynique (Anatole France dans sa célèbre préface au Faust de Goethe). Les civilisations s’appuient sur les vertus guerrières : discipline, fermeté, honneur, endurance. Toutes les civilisations sont guerrières ; toutes ont salué le guerrier comme un type supérieur d’humanité. Cette règle ne souffre aucune exception. Les vertus viriles sont les remparts de la cité, les protectrices ultimes des arts savants qui l’embellissent et des familles qui la perpétuent. Le règne de la mollesse efféminée annonce infailliblement celui du barbare, de ces « rednecks » abhorrés par notre chroniqueur à cervelle d’oiseau. La haine des armes prélude à celle de la liberté et de ses risques.
 
Je n’ai rien personnellement contre l’abbé Raymond Gravel. Sa médiocrité intellectuelle, qui est certainement un atout dans le Québec moderne, ne le distingue guère des autres journalistes et je ne peux m’empêcher d’avoir pour sa personne une certaine sympathie. D’ailleurs, l’espèce d’égalitarisme chrétien sous-théologique qu’il défend est extrêmement répandue chez les clercs. Rien de plus rare dans l’Église québécoise que le sens de la hiérarchie et de la subordination. Nos pauvres théologiens libéraux affirmeraient probablement que cette carence est le signe d’un christianisme adulte ; en réalité, ce trait caractérise un christianisme pour adolescents attardés qui a remplacé la vision paulinienne, hiérarchisée, du corps mystique du Christ, par un socialisme pseudo-chrétien moins étranger qu’on ne le pense à l’individualisme protestant (atomisation et collectivisme s’appellent) : au nom de l’amour, la falsification du bien et
les caricatures de rédemption ; au nom de l’amour, le goût de la confusion, l’indiscipline intellectuelle et une confortable servilité envers l’opinion dominante ; au nom de l’amour, le mépris de la civilisation et de l’ordre naturel – et des règles qu’ils imposent. De là le marcionisme inconscient d’un abbé Gravel : le rejet de l’autorité, qui est toujours refus du père, entraîne celui du Dieu de l’Ancien Testament.
 
Notre activiste verbeux n’en est nullement responsable. Tout en lui est épigone. En cela il est bien de chez nous. Son bafouillage aussi approximatif que sincère où se pressent pêle-mêle émotions, impressions, rancunes, slogans, pimentés d’un vague complexe antiromain typiquement québécois, ses bégaiements capricieux d’esclave halluciné qui a élevé son propre coeur à la dignité d’oracle ne vaudraient pas en eux-mêmes d’être réfutés si nous n’étions devenus une horde d’analphabètes fonctionnels et d’anarchistes primaires perméables aux vagissements du plus inconsistant mystagogue ayant le mérite de flatter notre haine de l’altitude, de la beauté, de la rigueur et de la primauté. Toutefois, la pensée sommaire de l’abbé Gravel ne profita pas seulement de la nullité de l’esprit public. Le facteur décisif fut le silence complice de son évêque. La responsabilité véritable revient à Mgr Gilles Lussier, qui a donné l’exemple néfaste d’une autorité abdicataire. Dira-t-on jamais assez l’onde de choc destructrice que constitue la démission des « autorités sociales » ! La crise de l’autorité avive la crise de la paternité et celle-ci à son tour se répercute sur l’ordre social en entier, énervé dans ses moindres recoins. (...)

Lisez la suite dans le numéro 23 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Lire les derniers communiqués:

LE CONGRÈS ISLAMIQUE DOIT SE DISSOCIER D’YVONNE RIDLEY

UN COMMUNIQUÉ IMPORTANT DU WESTERN STANDARD !

FINI LE TROUBLE

Élection de Benoît XVI



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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010