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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de 'société sans classes'.

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



RESTAURATIONS – ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES IV : MAURICE DE GUÉRIN OU LA LANGUE DES ANGES
par Jean Renaud
(Publié dans le numéro 23 d'ÉGARDS le 21 mars 2009)


« (…) car tout ce que les poètes méditent ou chantent, cela s’adresse surtout aux Anges et à Lui. »
Hölderlin, Retour
 
Le temps éloigne de nous bien des noms qui eurent l’apparence de la gloire. Les siècles épuisent le suc des œuvres. Seuls les très grands résistent au triste dévoilement des années. Et il arrive que la véritable grandeur reste longtemps cachée aux yeux du vulgaire. Qui aurait prédit autrefois que Lamennais serait aujourd’hui oublié et que son obscur disciple, Maurice de Guérin, serait considéré comme l’un des meilleurs écrivains de son siècle ?
 
Quelle énigme que Maurice de Guérin ! Comment expliquer Le Centaure ? Pourquoi cette singulière communion avec l’originel, le pré-adamique ? Comment ce hobereau de province, frère de la douce et irritante Eugénie, appartenant à une famille catholique, a-t-il rencontré le grand Pan ?
 
« Pan, qui dans les forêts m’entr’ouvris tes mystères ».
 
(...) Mais ne passons pas trop abruptement à des conclusions métaphysiques ; nous risquerions de négliger l’irremplaçable don d’une sensibilité qui, par le poème, est devenue celle de tous. Il n’est pas de tentation païenne chez Guérin, ni même, au sens proprement philosophique, de naturalisme. Son œuvre, marquée de la nostalgie de l’âge d’or, nous restitue, autant que cela est possible, un temps qui précéda la Chute et la Rédemption, une époque pleine de ces anges actifs, pas toujours bienfaisants, que les Anciens nommaient les dieux, messagers et « administrateurs » de la nature. La théologie des anges semble à son déclin ; on ne traite guère sérieusement ces ministres de la Création. Je ne vois que Newman chez les catholiques des derniers siècles qui en parle avec magnificence et rigueur. N’est-ce pas curieux d’un homme qui fut anglican ? L’Apologia nous apprend qu’il doit sa pensée sur les anges à l’Église primitive. Il y cite l’un de ses sermons d’avant sa conversion :
 
« Chaque souffle d’air, chaque rayon de soleil et de chaleur, toutes les beautés de la nature sont pour ainsi dire les parures de leurs vêtements, l’ondulation des robes de ceux dont le visage voit Dieu. »
 
Et Newman demande ce que pourraient bien être les pensées d’un homme qui « examinant une fleur, une plante, un caillou ou un rayon de lumière, toutes choses qu’il considère comme très inférieures à lui, dans l’échelle de l’existence, s’apercevrait soudainement qu’il est en présence d’un être puissant, caché derrière les choses visibles qu’il examine, et qui tout en dissimulant sa main savante, leur donne leur beauté, leur grâce et leur perfection, car il est l’instrument que Dieu a assigné à cette fin ? Mieux encore, s’il découvrait que les objets qu’il étudie si avidement sont la robe et l’ornement de cet être ? »
 
Guérin, à sa manière, fut cet homme en relation avec les anges. Il nous révéla ainsi le sens profond, universel, du mythe antique. La splendeur divine de la Création ne doit pas être oubliée. L’homme est une créature entourée et soutenue. Un certain christianisme a trop méprisé le monde pour ne pas le désenchanter. Et s’il est vrai que la Chute a tout enlaidi, même la fleur, même l’arbre, il est beau d’espérer tout retrouver en son intégrité plénière. La singulière clarté du Centaure a quelque chose d’originel. Matthew Arnold, dès 1865, a pu comparer son auteur à « Adam nommant les créatures par inspiration divine » ; le Platon du Cratyle l’aurait qualifié d’artisan de noms. Nous sommes ici, pour reprendre le langage de Heidegger, à l’aube profonde du déploiement de l’être, introduits dans une réalité revivifiée, pourvus d’une langue pleinement assurée, hardie et confiante qui a conservé quelque chose de pré-adamique. Non seulement se croit-elle capable de nommer correctement ce qui l’entoure, elle se sait infaillible dans cette tâche. Le pouvoir de nomination est essentiellement poétique.
 
Effet de l’art que cette impression d’être ramené au matin radieux de la Création et d’assister à la fondation d’un langage primordial, et ce à partir de cette vieille langue française, tellement « civilisée », cultivée, vidée de ses charmes anciens par l’abstraction et l’abus de l’esprit. Pourquoi Guérin a-t-il réussi, alors que tant d’autres ont échoué ? Savait-il d’ailleurs ce qu’il avait réussi ? Le lien entre le réel et le langage est conservé sinon rétabli par le poète – en ce sens, la possibilité même de la métaphysique dépend de lui. Une confiance originelle s’exprime par l’œuvre poétique, acte fondateur et refondateur de notre présence au monde, devenue si précaire et incertaine. (...)

Lisez la suite dans le numéro 23 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010