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Les 6 principes
d’une résistance conservatrice

Notre résistance antiétatique s´inspire des principes traditionnels d’une pensée conservatrice tels que les résuma admirablement, en six points, l´essayiste américain Russell Kirk :

1. La croyance en un ordre transcendant (ou à un corps de lois naturelles) appelé à régir la société ainsi que la conscience.

2. Un attachement envers la variété luxuriante et le mystère de l´existence humaine et une horreur sacrée envers l´uniformité étriquée, les objectifs égalitaristes et utilitaristes de la plupart des systèmes radicaux.

3. La conviction qu´une société civilisée exige des ordres et des classes et le rejet de la notion absurde de 'société sans classes'.

4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées, qu´avec l´abolition de la propriété privée, on se retrouverait dans l´antre du Léviathan.

5. La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes qui désirent reconstruire la société sur des conceptions abstraites.

6. La prise de conscience que le changement peut ne pas être salutaire, qu´une innovation ou qu´une réforme précipitée provoque quelquefois des effets dévastateurs au lieu d´être un facteur de progrès.



LES CONSERVATEURS CANADIENS-FRANÇAIS ET LA DESTINÉE DE L’AMÉRIQUE: LA LEÇON D’EDMUND BURKE
par Jean Renaud
(Publié dans le numéro 14 d'ÉGARDS le 19 décembre 2006)


Le mardi 14 novembre 2006, une librairie d’inspiration catholique et conservatrice a été inaugurée à Montréal: la librairie Ville-Marie (5173, chemin de la Côte-des-Neiges, local 5, tout près du chemin Queen-Mary). Cette nouvelle institution s’inscrira, nous l’espérons, dans notre combat culturel, comme un lieu de débats, de rencontres et de réflexion. En cette occasion, nous avons également célébré la 4e année de notre revue. Entre une présentation de Luc Gagnon et une intervention de Maurice G. Dantec, Jean Renaud a donné la conférence que l’on lira ci-dessous.
 
Derrière «les feux de l’envie», pour reprendre l’expression de René Girard, derrière l’ivresse d’un désir anarchique et absolutisé qui, récusant toute mesure, hypostasie la liberté au nom d’un Moi despotique, se dissimule la vieille crainte de la liberté proprement politique, crainte enracinée dans un désaveu de la condition humaine, de ses limites et de ses exigences. Qu’est-ce qui inspire l’environnementalisme, cette espèce de théologie laïque, de religion cosmique mâtinée d’hyper-rationalisme scientiste et de gnosticisme sinon la poursuite d’une «rédemption» de la Terre, de la Terre-Mère, dirait Jacques Languirand, idole qui exige en sacrifice notre civilisation et notre dignité d’animal civique? Ce ragoût idéologique, d’ailleurs végétarien, rappelle un certain conservatisme agrarien, anti-politique, incapable d’affronter la modernité sur son terrain, indifférent aux libertés et qui mène à la stérilité économique, artistique, littéraire, théologique, culturelle. Il répond à l’anxiété de l’homme contemporain, à son angoisse et à sa désincarnation – c’est-à-dire à son refus d’être un fondateur de cités et un citoyen. Sous le prétexte avantageux de «sauver la planète», les papillons fatigués du relativisme, pressés de céder aux chants politico-eschatologiques des sirènes vertes et rouges, cherchent un feu libérateur pour s’y jeter et se délivrer de la peine de vivre.

Il existe plusieurs routes vers la servitude. L’environnementalisme rajeunit, alimente, vivifie un vieux mythe socialiste qui était, jusqu’à tout récemment, en perte de vitesse, ses derniers dévots rôdant dans les facultés de théologie ou les couvents. Aujourd’hui, ce mythe mille fois réfuté agit plus que jamais sur une jeunesse perméable à la sottise, pendant que l’oligarchie syndicale, enchantée d’une pareille aubaine, y voit un moyen de conserver ses privilèges. À l’environnementalisme et au socialisme s’est joint le pacifisme, masque de la tentation totalitaire, atours angéliques de l’instinct de mort, symptôme d’un mépris pervers de la politique. L’union sacrée contre Bush de l’ensemble de l’opinion inoccidentale illustre avec magnificence une démission générale laissant l’Amérique quasiment seule avec elle-même, une Amérique, les dernières élections de mi-mandat le confirment, tentée elle aussi par l’oubli des périls. La majorité des Anglais, des Canadiens et des Mexicains croient que le Président Bush menace davantage la paix mondiale que le président iranien négationniste Ahmadinejad. Dans les années 30 aussi, des personnes bien intentionnées accusaient ce boutefeu de Winston Churchill d’être le principal danger pour la paix mondiale. En un sens, ces gens-là avaient raison. Churchill en s’opposant au nazisme a menacé la paix mondiale, une paix dont les termes auraient été définis par Hitler. Le rejet de la tyrannie et la résistance au totalitarisme ont toujours été une grave menace à la paix mondiale.

Environnementalisme, socialisme, pacifisme se combinent dans un amalgame théoriquement indigent quoique suffisant pour convaincre les intelligences actuelles. Ce salmigondis a pour nom gauchisme, involution sénile du marxisme, un marxisme pour analphabètes qui ne désire ni comprendre ni transformer la réalité, mais lui tourner le dos. À ce gauchisme multiforme se greffe, chez nous, le «nationalisme», une des idéologies nées de la destruction de l’Europe d’Edmund Burke. Ce nationalisme tire sa force de sa capacité à accueillir tout ce qui traîne d’émotions contradictoires dans l’espace public. Le patriotisme canadien-français, une fois privé de la structure morale, mentale, culturelle que lui donnait le catholicisme, et sa riche tradition, est passé successivement de l’hystérie à l’obsession, du fantasme à la fureur, de l’enthousiasme à l’indifférence, de la présomption à la honte. Ces variations incohérentes ne sont pas particulières à l’homme québécois. Partout, l’animal psychologique s’est substitué à l’animal civique. L’âme abandonnée à elle-même, à sa propre démesure ou à son indigence, est devenue la proie d’émotions contradictoires, qui se dévorent entre elles, se relaient, s’emballent ou s’annulent au gré des fantaisies d’une psyché indomptée. Le sentiment identitaire, gardé dans l’ordre, n’est nullement méprisable. L’Occident a besoin des petites patries pour élever vaillamment des murailles protectrices autour de ses trésors. Le vieux libéralisme cosmopolite est impuissant à conserver nos libertés, trop étranger aux fondements des cités et aussi des cœurs. Rien n’est plus agréable à l’homme que sa patrie, dit l’Ulysse d’Homère. L’amour de sa petite patrie est l’un des grands ressorts de la vie humaine. Accordé aux grandes lois du monde et de la raison, il devient sève et vie. Mais le patriotisme idéologique, indifférent au vrai, à une juste appréciation des choses, signe d’une indiscipline mentale, morale, politique, n’est qu’un surgeon stérile du subjectivisme. L’émotion identitaire, refermée sur elle-même, empoisonne la vie morale et celle de la cité, elle n’est plus rattachée ni soumise à une culture commune. C’est pourquoi le nationalisme québécois, écartelé entre l’aphasie identitaire et un jacobinisme utopique, est prêt à se mettre au service des ennemis de l’Occident.

Au formulaire gauchiste et nationaliste, s’ajoute un élément qui apparemment le contredit, un nouveau venu inquiétant: l’islamisme. Issu d’une autre tradition culturelle et religieuse, il partage les haines de ses deux comparses; en y adjoignant toutefois une intensité véritablement paroxystique. De là sa force. Ainsi tout annonce la conjonction, plus ou moins consciente, plus ou moins volontaire, des idéologies du ressentiment présentement en cours chez nous: le gauchisme, le nationalisme et l’islamisme. Ce dernier, après avoir recueilli les fruits empoisonnés d’une vieille culture cléricale, pacifiste, anti-politique, spiritualiste et féminisée, saura spéculer habilement sur la paresse intellectuelle, la veulerie et une espèce d’angélisme défaitiste drapé de prétextes évangéliques ou rousseauistes. Les immenses déficits spirituels, moraux, intellectuels, accumulés par le Québec depuis plus de quarante ans ont ouvert la voie à ces illusions toxiques. Dans la froide modernité, le peuple canadien-français cherche des consolations. L’islamo-gauchisme nationaliste se nourrit d’un tel état d’âme. Il grandit de son accès aux débris d’une piété vacante. Il s’établit sur des débâcles intimes.
(...)

Lisez la suite dans le numéro 14 d'ÉGARDS
Sommaire du numéro courant
Numéro 28
Été 2010

UN TÉMOIN DE L’ÉVANGILE : LE CARDINAL MARC OUELLET
 par Benoît Lemaire

LE DIALOGUE ISLAMO-CHRÉTIEN : DU PRINCIPE À LA RÉALITÉ
 par Marie-Thérèse Urvoy

UN MONDE PARODISIAQUE IV
 par Christian Monnin

ENTAILLES IV
 par Patrick Dionne

RESTAURATIONS — ESSAIS POLITIQUES ET CRITIQUES VI RELATIVISME ET TOTALITARISME
 par Jean Renaud


CHRONIQUES

LE SIÈCLE, LES HOMMES, LES IDÉES
 par Luc Gagnon et André Désilets

NOTES DE LECTURE
 par Matthieu Lenoir et Benoît Miller

DOCUMENT L’EUTHANASIE : LA MORT ENSAUVAGÉE OU L’ALIÉNATION TOTALITAIRE DE LA PERSONNE
 par François Primeau (MD, LCMC, DPSYCH, CSPQ, FRCPC, BPH, CTH)





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Dernière mise à jour : 23 juillet 2010